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Mobilisant les outils de l’architecture pour enquêter et « dissiper le brouillard informationnel1 », les enquêtes de l’ONG INDEX empruntent les méthodes de Forensic Architecture en confrontant des corpus vastes et hétérogènes d’images et de vues (vidéos de témoins, caméras de surveillance, vues aériennes) avec des témoignages, ainsi que des indices temporels et des données physiques sur la configuration des lieux. La modélisation et la reconstitution de scènes de violence d’État sont ensuite effectuées avec Blender, un logiciel d’animation conçu pour les jeux vidéo et le cinéma, qui également utilisé par certains architectes pour leurs rendus de projet.

En juillet 2020, le quotidien Le Monde revenait sur les circonstances de la mort d’Adama Traoré quatre ans plus tôt à la gendarmerie de Persan après son interpellation à Beaumont-sur-Oise (Val-d’Oise), alors qu’il tentait de fuir un contrôle de police concernant son frère aîné. L’enquête s’appuyait alors sur des contenus d’un type nouveau : la reconstitution en images et en 3D par l’agence INDEX des dernières heures du jeune homme, précisément cartographiées et chronométrées à partir de l’analyse des archives de la vidéosurveillance, des échanges radio des forces de l’ordre, croisés avec des témoignages clés. Le processus de modélisation et de reconstitution des trajectoires, des positions et des gestes des personnes telles que décrites dans leurs déclarations permettait une étude détaillée de la configuration des corps de chacun, qui mettait en évidence les « zones d’ombre » qui subsistaient encore autour des causes du décès.

« Le nom INDEX est une contraction de “independant expertise”. C’est aussi une référence à la racine latine d’indice. Nous cherchons à nous réapproprier la notion d’expertise, trop souvent dévoyée2. » INDEX a été fondée en 2020 par Francesco Sebregondi, à son retour de Londres, où il a préparé sa thèse de doctorat avec Eyal Weizman au sein du laboratoire Forensic Architecture (voir les articles déjà parus dans d’a3). « Comment ne pas faire une réponse bateau ? » : s’il ne tient visiblement pas à évoquer l’ancrage de son goût pour l’enquête et la quête de la vérité dans des souvenirs d’enfance, l’architecte explique qu’après son diplôme, obtenu en 2009 à l’ENSA Paris-La Villette, il a trouvé aux côtés d’Eyal Weizman le moyen de pratiquer une forme de recherche concrète et engagée, qui mobilise les outils de l’architecture pour peser, à travers des voies détournées, sur la justice ou la défense des droits humains.

INDEX utilise donc l’architecture à la fois comme témoin, emplacement, document et instrument pour produire des preuves et faire émerger une « vérité des faits » supérieure à celle construite sur les seuls témoignages. Employant aujourd’hui cinq salariés aux profils diversifiés (architecte, paysagiste, artiste, juriste, comptable), INDEX a un statut d’association : ses travaux sont donc financés par des dons, du mécénat et des subventions. (...)

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