Dans les ENSA françaises, de plus en plus d’enseignements de studio de projet ou de séminaire s’appuient sur les méthodes de l’enquête. Voici un petit tour de France (non exhaustif) de quelques expérimentations pédagogiques, assorti de quelques conseils de lecture.
Décrire la zone critique, trouver refuge
« Initié avec la proposition qui nous a été faite d’intégrer le pavillon français de la Biennale d’architecture de Venise 2025, notre enseignement par l’enquête de terrain ne vise pas tant à repousser définitivement l’incertitude de l’aléa en Anthropocène qu’à mieux entrer en résonance avec le tout unifié de l’expérience de l’environnement. En Camargue notamment, les défaillances croissantes du socio-hydrosystème agricole et la salinisation des sols invitent à une nouvelle micropolitique de l’habiter. Les sites proposés à l’étude invitent les étudiantes et étudiants à suspendre l’intention de projet pour se placer au voisinage des sciences de la zone critique, de l’histoire environnementale, de la philosophie pragmatique et de l’esthétique du paysage. Cette méthode permet d’ouvrir le récit d’une déchéance d’hospitalité et de la menace du “cimetière de pratiques”, qui semblent être l’œuvre de l’aléa. Car on ne peut “résoudre” l’aléa par le projet, entendu comme préconisation-solution. Les récits convoquent des personnages, des actants du paysage – y compris les “fantômes” qui hantent les territoires altérés –, et leur faire hospitalité devient le premier motif de l’investigation. La situation d’apprentissage intègre alors davantage des considérations de milieux, en même temps qu’elle ouvre le projet aux non-humains. Par la diversité des moyens de représentation enrôlés par le récit, c’est en racontant des “histoires vraies”, c’est-à-dire étayées par l’histoire environnementale, que des perspectives de refuges se présentent, faisant de l’architecture une dimension de l’enquête, au lieu de subordonner cette dernière à la définition d’une stratégie, puis d’un projet. » (...)