Pendant sept ans, Christophe Hutin et ses équipes se sont installés à Beutre, un quartier de Mérignac, près de Bordeaux, pour y tisser un projet protéiforme engageant un relevé architectural, paysager, anthropologique, historique et photographique, des rencontres interpersonnelles et une résidence artistique en site occupé. Cette réhabilitation au budget serré embrasse les espaces communs et 93 projets singuliers issus des négociations avec les habitants. Une conception ouverte où l’enquête et le processus se révèlent tout aussi cruciaux que le résultat et œuvrent à rendre l’architecture à toutes et à tous.
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Maîtres d’ouvrage : Aquitanis, Office public de l’habitat de Bordeaux Métropole Maîtres d’œuvre : Christophe Hutin avec la collaboration de Marion Howa, Antoine Mounier, Fabian Pic, Kloé Yannovitch et Zoé Baurens Paysagistes : Cyrille Marlin, avec la collaboration de Jean-Baptiste Poinot et Amandine Saget Anthropologue : Éric Chauvier BET : Cesma (métal), Germain Étude Structure (béton), Ideia (VRD), S.O.I.T. (fluides), Atlantic-Ing (amiante), 180 Degrés (thermique), VPEAS (économie) Conseils : Jean-Marie Lespinasse (agronome), Laurent Bourguignon (géologue), Claire Mestre (psychiatre), Joëlle Zask (philosophe), Christopher Dell (compositeur), Daniel Estevez (architecte) Entreprises : Bouygues Construction Centre Sud-Ouest Surfaces : SHAB totale, 7 565 m2 ; 5 630 m2 (existant) + 1 935 m2 (extensions) Coût : 12 840 500 euros HT (soit par logement hors VRD : 128 420 euros et au m2 hors VRD : 1 579 euros) |
Pour raconter Beutre, il faut faire appel à l’ensemble des participants du projet. À commencer par les habitants de la cité. Le maître d’ouvrage, Aquitanis, et ses gestionnaires de proximité. L’architecte, Christophe Hutin et ses complices, Zoé Baurens, Léo Grandhomme, Marion Howa, Antoine Mounier, Fabian Pic, Kloé Yannovitch et les stagiaires, le paysagiste Cyrille Marlin avec Jean-Baptiste Poinot et Amandine Saget, l’anthropologue Éric Chauvier, le photographe Philippe Ruault, sans oublier ceux qui feront leur apparition au cours de l’aventure.
Mérignac-Beutre, ce sont 93 maisons édifiées extra-rocade en 1969, entre l’aéroport et la base militaire. Cette cité de transit1 a accueilli une population précaire fuyant les dictatures ibériques ou issue du Maghreb – notamment suite aux révolutions décoloniales. Les matériaux sont standards, génériques. Vingt bâtiments de deux à sept maisons sont implantés le long d’une rue principale. Les habitants, qui n’ont pas accès aux transports en commun, n’habiteront pas là deux ans mais cinquante. Cinquante années de ségrégation socio-spatiale et raciale. La plupart d’entre eux travaillant dans le bâtiment, des phénomènes d’autoconstruction apparaissent dès l’installation : surfaces doublées, extensions dans le jardin, jardin qui déborde dans la forêt… autant de tactiques qui transforment les architectures habitées. Les générations se transmettent la mémoire collective des lieux ainsi que les maisons, négociant les règles du logement social. Le réseau de solidarité est très dense, familial ; il y a aussi des conflits de voisinage.
Alors qu’une partie de la cité lui appartient déjà, le bailleur social Aquitanis acquiert le second hameau en 2000. Bernard Blanc, le directeur de l’époque, raconte : « Les locataires craignaient de perdre des choses, à juste titre, ils en avaient fait tellement ! » Le bailleur implante des gestionnaires chargés de retisser des liens de confiance avec les habitants, leur proposant de faire de menus travaux avant la rénovation lourde. En 2018, Christophe Hutin remporte cette commande relativement classique : réhabiliter Beutre, avec notamment une rénovation thermique. (...)