Copyright : © Abdelkarim Msaad

Cela fait presque vingt-cinq ans que Salima Naji œuvre dans le Haut Atlas et le Sud marocain pour réhabiliter des techniques de pierre et de pisé. Ce qui anime l’architecte-anthropologue n’est pas tant la beauté de ces matériaux multimillénaires que d’en réinvestir le potentiel climatique au bénéfice des habitants d’aujourd’hui. Et pour cela, elle connaît un seul moyen : réparer les liens entre communautés et territoires sur place, à travers des démarches collectives.

« Plus qu’un combat, c’est une chaîne d’adhésion ». C’est ainsi que Salima Naji définit les conditions qui rendent possible le travail qu’elle mène depuis vingt-cinq ans dans le Haut Atlas et le Sud marocain, avec le concours de maâlmines, ces maîtres artisans avec lesquels elle travaille régulièrement depuis la restauration de greniers collectifs, de mosquées multiséculaires, de maisons dans des villages oubliés, mais aussi de nouveaux bâtiments à caractère culturel ou social (musée, maison d’accouchement, centre socioculturel). Ainsi le wali Ahmed Hajji, préfet de la région Souss-Massa et gouverneur de la préfecture d’Agadir-Ida-Outanane, connaissait-il sa détermination en lui confiant la « mise en patrimoine » de la kasbah Agadir Oufella, de son téléphérique d’accès et des espaces d’accueil du public, projet qu’elle conduira de 2017 à 2023. Cela faisait plus d’un demi-siècle que cette forteresse du XVIe siècle, dévastée par le séisme du 29 février 1960, était endormie. Le sujet était bien trop sensible : derrière les remparts, presque mille corps étaient ensevelis sous une couche de chlorure de chaux sans avoir reçu de sacrements religieux. Il était donc hors de question de les déplacer. À la faveur d’une fatwa (avis juridique religieux) et sous la supervision de l’archéologue médiéviste Saghir Mabrouk, des fouilles préventives ont pu être menées aux endroits où ne reposaient pas de victimes. Grâce aux coupes archéologiques, Salima Naji a procédé à la restitution des remparts sud, où un mur de pisé à redents, sans fondation, et dont un glacis de pierre assurait le contreventement, avait résisté en partie au tremblement de terre. En somme une technique parasismique retrouvée. À l’intérieur de l’enceinte restaurée, un cheminement en platelage de bois suit le tracé des anciennes rues en s’élevant au-dessus du sol qu’il ne fallait pas retourner. « Ahmed Hajji a mis en place des ateliers puis des tables-rondes préparatoires avec les familles des victimes : ce fut un travail pédagogique énorme où les choses se sont construites progressivement, à la faveur des témoignages et des découvertes sur le chantier de fouilles. Il fallait être sur place 24 heures sur 24 », explique-t-elle. « Rien n’est jamais acquis dans de tels projets. L’architecte n’est pas un designer, il agit entre le politique et l’usager en déployant une pratique. Il fallait donc être présente, du début à la fin, à chaque étape d’un projet collectif qui s’est façonné progressivement. » Réparer, encore : soixante-trois ans après le tremblement de terre d’Agadir, Salima Naji participe à la mobilisation pour la reconstruction du pays suite au séisme du 8 septembre 2023. L’association Tizi N’Oucheg fait alors appel à elle pour la construction d’un complexe scolaire en pierre sur le plateau de Timenkar. (...)

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