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Depuis la maison Latapie (1993) jusqu’à Peterbos 9 (2024), en passant par l’étude PLUS, Anne Lacaton et Jean-Philippe Vassal n’ont jamais rien sacrifié à leur vocation. Depuis leurs débuts, ils défendent la réhabilitation d’architectures du XXe siècle promises à la démolition. Grâce à leurs fameux jardins d’hiver, ils font surtout la démonstration qu’il est possible, à moindre coût et sans déloger les occupants, d’améliorer considérablement les conditions de vie de tous les habitants, sans exception. Un engagement qui ne cesse d’essaimer, et au-delà des frontières françaises.

 

Maîtres d’ouvrage : Beliris, pour le compte du Foyer Anderlechtois

Maîtres d’œuvre : 51N4E + Lacaton&Vassal architectes

Structure : BAS

Techniques : Istema

Consultants : B4F (énergie), ABO Consult (désamiantage), VUB (durabilité/circularité)

Programme : 80 logements sociaux (T3) et 4 locaux en RDC (2 locaux commerciaux and 2 locaux sociaux)

Entreprise générale : Louis De Waele

Coût : 14,7 millions euros TTC travaux

Calendrier : études, 2018-2021 ; chantier, 2022-2024

 

Lancés en 2019 dans le cadre d’un « contrat de quartier durable », les chantiers de réhabilitations se multiplient dans le parc du Peterbos, 17 hectares au nord de la commune d’Anderlecht. Composée de tours de logements datant des années 1970, cette cité-jardin sociale est la plus importante de Bruxelles-capitale avec 18 bâtiments pour 1 300 logements. C’est aussi l’une des plus démunies de la région, avec une population qui multiplie les difficultés sociales. Selon Freek Persyn, cofondateur de 51N4E, changer la vision négative dont souffrent de tels quartiers passe aussi par l’architecture : « Souvent, la réhabilitation aboutit à un résultat plus cloisonné, plus triste encore qu’auparavant. Or il est possible de montrer que ces bâtiments ne sont pas tant des victimes que des potentiels. » En arrivant depuis l’ouest, on repère de loin les miroitements d’un pignon bardé de tôles en aluminium brut, puis très vite les baies vitrées serties de rideaux thermiques. L’observatrice avertie s’y dirige sans hésitation. C’est le bâtiment numéro 9 : 80 appartements répartis sur dix étages, livrés par 51N4E et Lacaton & Vassal en juillet 2024. Depuis la rencontre des deux agences en 2010 à Bordeaux, elles avaient pour projet de transposer un jour en territoire belge une démarche qui a fait ses preuves sur le territoire français. Quand le concours est lancé en 2016 par Beliris, société immobilière de service public, pour le bailleur social gestionnaire le Foyer Anderlechtois, les architectes saisissent l’occasion.

Le cahier des charges prévoyait une rénovation du bâtiment avec ajout d'espaces extérieurs, rénovation énergétique et renouvellement des dispositifs techniques. Les architectes proposent donc un dispositif déjà éprouvé par Lacaton & Vassal en France : monter le long des façades est et ouest, sur des appuis indépendants pour ne pas fragiliser le bâtiment existant, les fameux jardins d’hivers. À l’image des projets français, ils ne se contentent pas de la seule solution architecturale : l’opération doit être menée sur site occupé afin d’éviter le déplacement d’habitants fragilisés, dont on sait que le relogement ne se fera pas sur site. Le modus operandi est vite adopté, ainsi que sa condition sine qua non : les acteurs du projet se doteront des ressources humaines nécessaires pour informer et accompagner les locataires tout au long du projet – médiatrice sociale, coordinateur de chantier, conducteur de chantier dépêché par l’entreprise. Et, du côté des co-mandataires, deux chargés de chantier en renfort des chefs de projet. Tous ensemble feront le lien avec les habitants, pour les informer, les assister quand nécessaire et organiser le chantier. Pour le Foyer Anderlechtois, cela passait par une présence quotidienne installée dans l’un des appartements (vide, en l’occurrence) de l’immeuble. (...)

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