Copyright : © Les Soulèvements de la Terre

L’architecte-scénographe franco-britannique Léa Hobson est aussi militante écologiste et membre du mouvement les Soulèvements de la Terre. Elle signait en octobre un ouvrage documenté paru aux éditions Zones, Désarmer le béton, Ré-habiter la terre, dans lequel elle explore les conditions et les conséquences de l’industrie du béton. Malgré un constat alarmant, l’autrice invite à repenser l’acte de bâtir en mettant en lumière des pratiques réparatrices. Entretien.

D’a : Parallèlement à votre activité d’architecte, vous êtes militante écologiste depuis de nombreuses années. Pourquoi vous êtes-vous lancé dans l’écriture de ce livre ?

Après des années passées à constater les ravages de l’industrie de la construction, j’ai souhaité articuler les problématiques de ce système pour inciter à former des alliances afin d’y faire face. J’ai pris conscience de cette destruction massive en participant à des mobilisations pour défendre des terres menacées, bien plus que dans l’exercice de mon métier d’architecte. Au-delà de la fabrication du matériau, je m’intéresse à son impact sur la terre, la biodiversité, les corps et les vies, par des témoignages autant que par des données scientifiques. Cet ouvrage est aussi une façon de mettre ceux et celles qui décident, conçoivent et construisent face à leurs responsabilités. Depuis sept ans, l’élan et l’audace des mouvements climat, auxquels je participe, redonnent de l’espoir. Mais, avec leurs revendications très généralistes, ces manifestations semblent rapidement déconnectées du terrain, face aux demandes concrètes des gilets jaunes.

En 2019, Extinction Rebellion (XR, mouvement international de désobéissance civile en lutte contre l’effondrement écologique, créé à Londres, NDA) est contacté par une association locale qui s’oppose à l’extension d’une centrale à béton dans le 15e arrondissement de Paris. À l’époque, le sujet de la pollution générée par de telles installations est connu mais peu médiatisé auprès du grand public et peu d’écrits se penchent sur l’impact du béton en tant qu’industrie. C’est la première fois qu’un site précis de cette industrie est ciblé avec une demande précise : arrêter l’extension de cette centrale. On sera cinq cents à occuper la zone et cette mobilisation, relayée par la presse, portera ses fruits puisque l’extension de la centrale sera interrompue au profit de sa rénovation.

Au même moment, je passe du temps à Notre-Dame-des-Landes et prends le temps de comprendre comment un territoire se reconstruit après des années de lutte en faveur de sa défense. En janvier 2021, à l’issue de rencontres regroupant plusieurs centaines de dynamiques diverses, anciens des mouvements climat et associations, nous lançons les Soulèvements de la Terre, mus par le désir de mener une résistance ancrée et composite, écologiste et sociale, afin de créer un vrai rapport de force. Une autre dynamique à laquelle j’ai pu prendre part est celle des Batisseureuses des terres – réunissant des architectes, chercheurs et chercheuses, artisans et artisanes, urbanistes – dans la même lignée que les Naturalistes des terres. Notre objectif est d’utiliser nos compétences et outils pour venir en soutien aux luttes. (...)

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