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Nous avons croisé la parole d’un directeur d’hôpital et d’une philosophe de la médecine. Malgré des parcours différents, tous deux croient sincèrement à l’importance de penser l’architecture pour penser le soin, et nous livrent ce qu’ils considèrent être les priorités pour la conservation ou la transformation du bâti hospitalier. Ils dévoilent ce qui se cache comme problème ou comme urgence derrière certains poncifs : la modularité, la technicité, ou encore l’hospitalité.

François Crémieux est directeur général de l’Assistance publique-Hôpitaux de Marseille depuis 2021. Il a auparavant été directeur des hôpitaux du nord de Paris. Céline Lefève est professeure des universités en philosophie de la médecine et du soin à l’université Paris Cité et directrice du Centre Georges Canguilhem et de l’Institut Hors Murs La Personne en médecine.

D’a : Comme dans beaucoup d’autres villes, les hôpitaux de Marseille doivent aujourd’hui fonctionner avec un parc hospitalier en partie vétuste. Parmi tous les travaux à engager, par où commencer ? Quelles sont vos contraintes et surtout vos priorités ?

François Crémieux : Notre priorité, c’est toujours d’avoir des bâtiments fonctionnels. Le but premier de l’espace hospitalier, c’est qu’il puisse soutenir une activité très technique et dans des normes de sécurité strictes. L’hôpital fait partie des programmes qui cumulent le plus de normes de sécurité : incendie, nucléaire, bactériologique, infectieuse, etc. Parce qu’il y a à la fois, entre autres, des professionnels qui manipulent des produits dangereux et des patients couchés qui ne peuvent pas évacuer. En même temps, la fonctionnalité a ses limites : ce que l’on juge fonctionnel aujourd’hui sera obsolète demain. Prenez les chambres : les patients ont été pris en charge dans des chambres à trente lits, puis à quatre lits, puis à deux et, aujourd’hui, à un lit. En même temps, le progrès technique s’impose dans les lieux : les services d’imagerie ont dû supporter des scanners, puis des IRM, et à présent des IRM 7 Tesla. À chaque fois, il faut changer les dalles au sol. Les critères de ce qui est fonctionnel ne cessent donc d’évoluer. C’est un des paradoxes qu’il faut encore résoudre : créer une fonctionnalité qui soit capable de s’adapter. On demande aux services d’être hyperspécifiques et hyperévolutifs à la fois. Ces deux concepts sont incompatibles en réalité. Si, par exemple, on choisit de refaire un étage pour qu’il accueille un service d’oncologie, avec un espace pensé pour la chimiothérapie, comment faire si deux ans plus tard on doit déplacer ce service et le remplacer par un service de chirurgie pédiatrique ?

Ensuite, pour savoir par où commencer, on a des critères assez clairs. D’abord les critères de normes et surtout de sécurité incendie. On a des bâtiments à l’AP-HM qui ne répondent plus à ces normes et qu’il faut donc réhabiliter. Viennent ensuite les critères d’usage et de qualité : il faut des chambres seules, ou parfois doubles. Et que les patients puissent s’y laver et aller aux toilettes tout en gardant leur intimité. Ce n’est pas toujours le cas puisqu’on a des services où il n’y a qu’une seule douche par étage. Ça n’empêche pas l’hôpital de fonctionner, mais ça ne correspond pas aux attentes des patients. Et puis il y a les attentes des professionnels : quand les distances sont très longues, quand il faut passer par l’extérieur pour aller au scanner, quand il faut pousser des brancards très lourds qui ne peuvent pas se croiser dans les couloirs, etc. Ce sont aussi des choses qui ne sont plus acceptables. (...)

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