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Financiarisation et verticalisation de deux métropoles européennes

La monumentale tour Triangle de Herzog & de Meuron est presque achevée à Paris, après une dizaine d’années de chantier. Elle sera livrée en 2026, à peu près en même temps que le CityWave de Bjarke Ingels Group (BIG) à Milan, dont les deux sommets asymétriques s’élèvent dans la skyline de la ville comme de robustes triangles scalènes. Ces deux projets ne sont que des exemples parmi d’autres de la « course à la hauteur » que la ville contemporaine poursuit partout dans le monde. À l’ère des crises multidimensionnelles – économiques, politiques, sociales et sanitaires –, cette dynamique apparaît de plus en plus autoréférentielle. Le décalage est particulièrement frappant dans les villes européennes, au regard de la faiblesse croissante de l’économie du continent et de sa stagnation démographique. Cette contradiction fait de l’Europe un terrain d’observation privilégié pour analyser les relations tortueuses qui lient aujourd’hui logique financière et logique urbaine, dont la multiplication des tours à l’échelle mondiale constitue sans doute l’expression la plus visible. C’est dans cette perspective que nous avons choisi Paris et Milan – la capitale française et le moteur économique de l’Italie – comme terrains d’étude pour interroger les liens entre financiarisation du marché immobilier et verticalisation des skylines urbaines.