Lina Bo Bardi aurait eu 100 ans le
5 décembre 2014. Au musée d’Architecture de l’université
technique de Munich, une exposition présente jusqu’au 22 février
2015 son parcours, depuis ses collaborations dans les revues de Gio
Ponti dans l’Italie des années 1930-1940 jusqu’à son
engagement, interrompu par sa mort en 1992, dans les enjeux culturels
et sociaux de son pays d’adoption, le Brésil.
Cet épais « catalogue »
s’impose comme l’ouvrage de référence pour saisir l’ensemble
de l’œuvre, sur le plan historique et personnel, dans les cadres
successifs de l’Italie puis du Brésil, et de leurs dictatures
respectives. Il ne s’agit pas d’un classique « coffee table
book » en quadrichromie flamboyante sur papier couché. Dix
essais très documentés et illustrés abordent les relations
complexes de Lina Bo Bardi aux cultures vernaculaires, au problème
de leur conservation non momifiée, au théâtre et à l’architecture
« pauvres ». Ses positions à l’égard de la politique
sociale et économique du Brésil de son temps sont déterminantes
pour son travail.
Quatorze projets d’architecture et
d’urbanisme configurent l’essentiel de son œuvre : ce qui
est très peu au regard des normes actuelles de production
internationales. Également designer, scénographe, artiste, critique
et directrice de musée, connue pour un franc-parler parfois
fracassant, travaillant avec des équipes très réduites, Lina Bo
Bardi a effectivement mis la main à tout ce qui porte son nom.
Quitte à être taxée d’amateurisme pour cette diversité, ou pour
l’éloquente simplicité de ses dessins – « naïfs »,
a-t-on dit. Le MASP, le musée d’Art de Sao Paulo qu’elle livra
en 1968, a été de son côté l’objet de nombreux procès
d’intention et dénaturé ; pour son édification personnelle,
le lecteur se rapportera aux essais qui lui sont consacrés ici.
Pour le livre et l’exposition, un
important état des lieux a été réalisé en 2014 par le
photographe Markus Lanz, d’un point de vue contemporain, avec une
sensibilité absorbant les mauvais coups du sort.
Lina Bo Bardi 100 - Brazil’s Alternative Path To Modernism, sous la direction d’Andres Lepik et Vera Simone Bader, Hatje Cantz, 368 pages, 49.80 euros.
À lire dans d'a 232 : 2014. La sélection des livres de la rédaction