24 x 34 cm, 128 p., 35 euros.
Nous chroniquons depuis longtemps les livres du baron François Schuiten, le grand dessinateur bruxellois anobli par le roi Albert II lui-même. Chez l’auteur des Cités obscures (avec Benoît Peeters), l’architecture est moins un sujet qu’un personnage omniprésent, voire envahissant, à l’inépuisable puissance onirique. Pour ce très beau livre en quadrichromie, Schuiten accompagne le récit de l’écrivain britannique Adam Roberts, auteur de romans de science-fiction et de fantasy. Compulsion narre, dans un futur proche, le voyage de différents personnages atteints d’une même pathologie : à la suite d’une pandémie, des millions d’Obligés se sentent investis de la mission de déplacer des objets. Ils démontent bâtiments, machines et autres artefacts pour construire de gigantesques sculptures-structures. Entre polar et road movie, le récit nous fait suivre cinq de ces Obligés jusqu’aux côtes bretonnes dans l’attente d’un évènement mystérieux. On comprend vaguement qu’il y est question de magnifier le réemploi ou le recyclage d’une société consumériste à bout de souffle. Le fil de l’histoire est parfois nébuleux mais il permet à Schuiten d’exprimer toute la dimension poétique de son trait, alternant dessins aux hachures noir et blanc et somptueuses doubles pages comme toujours minutieusement réalisées aux crayons de couleurs. Il nous a gentiment autorisé à en reproduire un détail pour la couverture de ce numéro.
Compulsion, François Schuiten (dessin), Adam Roberts (scénario), Dargaud