15 x 23 cm, 256 p., 19 euros.
L’expérience esthétique propre à l’architecture embarrasse autant les architectes que les philosophes. La philosophie esthétique, qui oppose art et utilité, fait de l’architecture un art imparfait. Appréciée selon son objectif et non pour elle-même chez Kant, soumise à sa fonction et prisonnière de sa matérialité chez Hegel, et perçue de manière distraite et ordinaire chez Benjamin, l’architecture semble particulièrement dépréciée sur l’échelle de l’art. Céline Bonicco-Donato dépasse les contradictions et s’appuie volontairement sur les particularités de l’architecture, dans laquelle on vit et qui répond à des besoins. Elle s’attelle ainsi à faire comprendre ce qu’est l’expérience esthétique propre à l’architecture qu’elle nomme « joie d’être à sa place ». L’auteure décrit comment, en nous enveloppant totalement, l’architecture affecte nos existences et colore le sentiment de soi. À travers un examen original des notions de convenance et de rythme, elle dévoile les phénomènes de résonances entre la personne, le bâtiment et le site. La joie d’être à sa place provient d’abord de la convenance de l’édifice, c’est-à-dire la relation heureuse que le bâtiment tisse entre le contexte d’un côté et l’usage de l’autre, tel qu’illustré par l’exemple de la maison de Jean-Jacques Rousseau à Chambéry. Ce sentiment de joie surgit aussi des rythmes qui traversent à la fois l’architecture et le corps humain. Par leurs motifs et leurs répétitions, les édifices reflètent des affects que les sujets sentent dans le battement de leur cœur et leur respiration, par exemple. Se sentir ainsi accordé à l’espace est le socle d’un sentiment de plénitude. Au contraire des non-lieux ou des quartiers figés – l’auteur cite le village de Bercy dans le 12e arrondissement de Paris –, l’architecture véritable nous touche et nous pousse à l’explorer. L’expérience esthétique provoquée est puissante : elle nous émeut et nous met en mouvement. Dans cet ouvrage fascinant, le développement de Céline Bonicco-Donato est exigeant et rigoureux. La lecture peut toutefois être ardue pour des non-philosophes. De nombreux exemples et descriptions architecturales (le Rolex Learning Center à Lausanne par Sanaa en couverture, le cimetière de Roquebrune par Marc Barani, ou encore l’église Notre-Dame du Raincy d’Auguste Perret…) nous aident à suivre les arguments.
Se mouvoir et être ému, Céline Bonicco-Donato, Éditions Parenthèses