Aller à la rencontre de Wim Cuyvers, c’est partir pour le Jura, à Saint-Claude, grimper quarante-cinq minutes vers le refuge qu’il garde et le trouver dehors en plein travail, serpe à la main. Malgré les apparences, c’est bien un architecte qui vient nous accueillir et nous offrir l’hospitalité. Un architecte qui ne signe plus de projets depuis quinze ans, mais pour qui la pratique quotidienne d’attention, de ménagement et de soin à l’échelle d’un territoire est pleinement œuvre d’architecture. Et la concrétisation de longues obsessions qui traversent toute une carrière.

Wim naît en Belgique flamande, à Hasselt. Une première sortie de spéléologie près de Liège à 14 ans avec son professeur d’école lui fait vivre sa première émotion spatiale ; cette expérience se révèlera fondatrice dans son rapport à l’espace. Il hésite à devenir romancier ou philosophe, choisit finalement l’architecture mais cultive longtemps envers les écrivains une certaine jalousie qu’il tente d’expier par une pratique régulière de l’écriture. Des études à Gand dans une école « très mauvaise » qui n’existe plus le frustrent, mais l’absence de maîtres à penser directs ou d’exemples à imiter lui donne un certain espace de liberté. Au début des années 1980, son diplôme en poche grâce à un projet de fin d’étude où il transforme les Halles de Paris en logements sociaux et en cimetière (et pendant lequel il découvre Georges Bataille), il est appelé à faire son service militaire mais refuse. Il est envoyé faire des tests psychiatriques et se confronte à  (...)

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