Copyright : © Batia Suter

En s’appropriant les images imprimées dans la presse ou les livres, certains artistes ont fait de la photographie « trouvée » la matière première de leurs œuvres. Sans usurpation, car toujours l’emprunt est visible et surtout revendiqué. Cet art de la citation et du réemploi, pour utiliser un terme plutôt associé à l’architecture, concerne ceux que l’on appelle aujourd’hui les « artistes iconographes ». Une famille disparate dont fait partie Batia Suter, son œuvre relevant autant de l’iconographie (comme pratique) que de la photographie (comme source).

 

La série Octahydra publiée ici dans sa version « fixe » est présentée jusqu’au 24 octobre aux Rencontres d’Arles où elle est exposée sous deux formes différentes. D’une part, des images d’architectures de toute nature et de toutes les époques, qui pourraient provenir d’un atlas, sont sobrement imprimées et dispersées sur les piliers des Cryptoportiques d’Arles (impressionnants vestiges du soubassement du forum antique). D’autre part et dans le même lieu, une projection dynamique anime ces mêmes images sur une série de voiles translucides, dans un jeu trouble de superpositions qui forment un palimpseste à la limite du visible. En vertu du principe du fondu enchaîné, les images et les architectures ainsi condensées, comme dans un rêve, engendrent les édifices bizarres que nous voyons là. La déconstruction est autant celle de l’image que celle de l’architecture. Le jeu des métamorphoses est double et réciproque. Ces images aux contours incertains semblent être des mirages, elles relèvent du domaine de l’hallucination.

Les architectures recomposées de Batia Suter font penser à celles que décrit Italo Calvino dans les Villes invisibles : « … les villes de Marco Polo se ressemblaient, comme si le passage de l’une à l’autre n’eût pas impliqué un voyage mais un échange d’éléments. À présent, à partir de chaque ville que Marco Polo lui décrivait, l’esprit du Grand Khan partait pour son propre compte et, la ville une fois remontée pièce à pièce, il la reconstruisait d’une autre façon, par substitutions, déplacements, interversions de ses ingrédients1. »

Ce n’est peut-être pas un hasard si le mot image est l’anagramme de magie.

    Highres Screenshots5 

 

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