Copyright : © Wolfgang Tillmans

Malgré son titre, « Book for Architects » n’est pas un livre de papier mais une projection d’images fixes. Entièrement consacrée à l’architecture, cette fresque photographique était présentée au cœur de la formidable exposition conçue par Wolfgang Tillmans pour le Centre Pompidou avant sa fermeture. Ce projet, entamé à la fin des années 1990, avait été présenté pour la première fois en 2014 à la Biennale de Venise sur l’invitation de Rem Koolhaas. Si sa forme est restée identique, sans aucune actualisation, il reste ouvert aux relectures et aux réinterprétations, comme n’importe quel livre.

Ceci n’est donc pas un livre. Cependant, la présentation des images sur deux murs perpendiculaires rappelle la pliure d’un livre et évoque évidemment les formes éditoriales chères à l’artiste allemand, qu’il s’agisse des magazines et des revues dans lesquels il est intervenu ou des livres qu’il a publiés. Le diaporama est fidèle au mode d’exposition ou de mise en page qui caractérise son œuvre : sans typologie ni souci d’échelle, plusieurs images cohabitent sur une même page/écran, en se chevauchant parfois, comme glissées l’une sous l’autre, provoquant des occultations ou des rapprochements riches et surprenants. Le sentiment qui domine est celui de l’infinie richesse qui naît de la contiguïté de toutes ces formes construites. Rien à voir avec la photographie d’architecture classique, que ce soit sur le plan de la prise de vue ou sur celui de leur monstration : les édifices, tant ordinaires qu’extraordinaires, sont généralement sortis de leur contexte.

Wolfgang Tillmans alterne le fragment avec l’ensemble : un interrupteur voisine avec une façade, l’intimité d’un intérieur domestique interagit avec le hall d’un aéroport ; le bricolage jouxte le monument. Le nord croise le sud, et toutes les latitudes sont représentées. Il n’y a ni légende, ni auteur : quelques indices permettent parfois de situer ou de reconnaître un édifice, mais on comprend rapidement que la question de l’identification n’importe guère. Car l’enjeu ne consiste pas à dresser un inventaire du meilleur ou du pire mais plutôt à proposer une image spontanée du paysage architectural tel qu’il se présente au regard d’un photographe attentif et sans préjugé qui, « partout dans le monde, se balade avec un œil ouvert sur l’architecture » et y voit une réserve de formes inépuisables, de « motifs choisis et d’extraits signifiants du monde » qui forment une « multitude d’expériences parallèles ». (...)

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