Copyright : © Simon Boudvin

Les bâtiments habillés de carrelage, en partie ou en totalité, sont une des caractéristiques de l’architecture contemporaine du Japon, et de Kyōto en l’occurrence. Mais on leur prête peu attention, leur neutralité apparente, voire leur banalité, s’intégrant parfaitement à l’univers polyphonique de la ville. Séparément, elles passent inaperçues, mais réunies dans cette collection étonnante grâce au regard perspicace de Simon Boudvin (voir l’article de Soline Nivet dans le dossier du no 330 de d’a, novembre 2025), elles s’affirment comme un genre architectural à part entière.

Cette collecte photographique d’environ 400 clichés en noir et blanc a donné lieu à un très joli petit livre intitulé Superkyoto, dont le titre et le thème font évidemment référence à l’œuvre de Superstudio (1966-1982). En photographiant des éléments architecturaux de toutes sortes, recouverts de carrelage blanc et dispersés dans toute la ville (façades mais également escaliers, trottoirs, clôtures, murs, colonnes, etc.), Simon Boudvin érige ce leitmotiv proche de l’effacement en phénomène remarquable. Il élabore ainsi un inventaire critique, soumettant l’omniprésence de ce motif récurrent à de multiples interprétations : s’agit-il d’un geste pragmatique, uniquement destiné à protéger le bâti des humeurs climatiques, sans ancrage historique ? Ou bien, au contraire, cette écriture architecturale, en complète rupture avec la tradition japonaise, est-elle l’expression d’une modernité qui la relierait aux travaux des radicaux italiens ? Plus subtilement, on peut aussi y voir le résultat de ces deux hypothèses conjuguées. (...)

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