Difficile de séparer l’artiste de l’architecte et de l’ingénieur au Quattrocento. L’exposition « Le trompe-l’œil de 1520 à nos jours » à Paris est l’occasion de revisiter une pratique ludique de mystification du réel qui a constitué un exercice artistico-scientifique des Ponts et Chaussées au XVIIIe siècle.
La polymathie, ou le talent de circuler indifféremment entre les arts et les sciences, est une seconde nature chez certaines personnalités du Quattrocento. Deux figures nous intéressent ici : les Florentins Brunelleschi et Paolo Uccello. Le premier démontre le procédé perspectif en public à deux pas de son chantier de la coupole de la cathédrale Santa Maria del Fiore, à Florence. En 1425, cela ne s’appelle pas encore un happening, mais le procédé mêle déjà l’art à l’innovation technologique et à la théorie au tangible. Le second, peintre qui affirme ses compétences scientifiques, préfigure la modélisation digitale grâce à un artefact tracé à la perfection, le mazzochio, construction géométrique rigoureuse dont il coiffe quelques personnages de ses scènes de batailles. C’est sous cette influence artistique qu’apparaît le studiolo, qui agrémente certains palais italiens. Il s’agit d’un espace d’une dizaine de mètres carrés pour élites studieuses. Sur les parois en marqueterie se dessinent des étagères factices aux battants ouverts contenant de faux instruments de musique et de faux livres. Parmi les nombreux symboles figure l’intrigant mazzochio, posé sur un banc vertical aplati. Dans un véritable jeu de connivence avec le spectateur, la perspective se mue en trompe-l’œil. Perspectophiles Le trompe-l’œil fleurit en Europe en répondant à des conventions précises : éclatement du cadre et représentation d’objets à l’échelle 1. Le genre se contraint à une faible profondeur et à des jeux de contrastes et d’ombres. Ces images prolongent la thématique du cabinet de curiosités avec des artefacts à faible relief : superposition de fausses estampes, papiers cornés ou déchirés, médaillons punaisés sur fonds texturés en velours ou en bois, que la main est tentée d’effleurer. Poussée à son paroxysme, l’illusion ultime du flamand Cornelis Norbertus Gysbrechts représente le dos d’un cadre. Dans un tout autre registre, le procédé va déployer sa dimension horizontale en France grâce à $##$ l’inventivité d’ingénieurs, planificateurs du territoir (...)Pour lire l’article, commandez votre magazine sur notre boutique en ligne