Dans le sillage des grands projets culturels de l’ère Mitterrand, les concours publics ont été accompagnés d’un foisonnement d’images audacieuses et virtuoses. Un verbe graphique qui s’est tu avec l’avènement du numérique. Retour sur un âge d’or de l’architecture française en compagnie de ses protagonistes.
Il faut remonter aux années d’après-guerre pour trouver le premier indice d’une rupture avec l’austérité dominante des planches de concours conçues selon les tenants de la charte d’Athènes. Avec leurs collages pré-pop, Peter et Alison Smithson marquent cette rupture en mettant en scène Marilyn Monroe et Joe DiMaggio sur les coursives de leur projet de logements collectifs de Golden Lane à Londres. Nous sommes en 1952.
Les couleurs vont exploser au mitan des années 1960 avec les jeunes Anglais du groupe Archigram. La production graphique de ceux qu’on a surnommés « les Beatles de l’architecture » est un manifeste participant aux changements culturels et esthétiques d’une époque foisonnante. De cette révolution joyeuse, les postmodernes amorceront une nouvelle phase en revisitant des expressions graphiques portées en étendard à la Biennale de Venise en 1980, « an zéro du monde contemporain » selon eux.

Un statut de rockstar
En France, le métier d’illustrateur spécialisé dans la perspective de concours, avatar du dessinateur de publicité, s’ancre alors dans une nouvelle ère pour une vingtaine d’années. Deux générations et quelques signatures que les agences s’arrachent : Antoine Buonomo, Jacques Ignazi, François Seigneur, Vincent Lafont, Thierry Lacoste, Didier Ghislain, Louis Paillard… Pratique hautement masculine, soumise à un stress intense, cette caste bénéficie d’une grande reconnaissance de la part des commanditaires qui s’appellent Jean Nouvel, Yves Lion, Michel Rémon ou Jacques Ripault. « On était reçus par le patron », témoigne Louis Paillard, architecte, ancien élève de l’École Boulle, se souvenant de ses collages pour Jean Nouvel ou pour (...)