Copyright : © Archives de Paris

À l’orée du XXIe siècle, le débat sur les hauteurs à Paris fut relancé par une proposition de l’architecte Yves Lion qui en 2002, projetait de peupler de tours la ZAC Masséna du 13e arrondissement. Les controverses sur les hauteurs sous le ciel parisien n’étaient certes pas chose neuve. La capitale accueillit tardivement ses premières tours : par quelles dynamiques les vit-elle se multiplier si rapidement, de la fin des années 1950 au milieu de la décennie 1970 et, bientôt, bouleverser son paysage urbain ?

Alors que, depuis la fin des années 1920, plusieurs villes européennes expérimentaient la grande hauteur – notamment Anvers, réputée avoir accueilli le premier « gratte-ciel » européen, la Boerentoren (1928-1932), ainsi que Milan, Turin et Gênes –, les quelques tours parisiennes dessinées avant la Seconde Guerre mondiale restèrent sur le papier. Après un démarrage tardif, les années allant de l’achèvement de la tour Croulebarbe d’Édouard Albert en 1960 à la remise en cause en 1974 du projet de la tour Apogée qui devait par ses 200 mètres marquer, place d’Italie, le point d’orgue de la très vaste opération Italie XIII (1966-1975), voient se multiplier les tours. En 1976, au moment où sortent de terre les Orgues de Flandre, Paris comptait près de 160 immeubles de grande hauteur (IGH)1. Destinées à l’habitation (en majorité) ou au tertiaire, nombreuses sont les tours isolées qui parsèment le tissu urbain parisien au gré des opportunités foncières et des autorisations délivrées par la Commission des Sites. Mais le cas le plus intéressant quant à l’histoire de l’urbanisme parisien est celui des ensembles de tours : au tournant des années 1970, leur implantation a modifié en profondeur le tissu des arrondissements périphériques. En 1971, l’architecte Michel Holley (1924-2022), protagoniste de premier plan de ces transformations et fervent défenseur de la verticalité, pouvait ainsi écrire : « Les tours ne sont plus maintenant des monuments exceptionnels, mais des objets de production courante, bientôt de série, et c’est plus particulièrement celles-ci qui vont créer le nouveau cadre urbain2. » (...)

Pour lire l’article, commandez votre magazine sur notre boutique en ligne