Copyright : © Emmanuel Caille

Longtemps bannies, les tours ont fait un retour très remarqué ces dernières années à Paris. Cependant, la fenêtre ouverte par le changement de PLU en 2010 – que les édiles ont ensuite refermée en 2023 – n’aura permis qu’à trois vrais gratte-ciels de sortir de terre : le tribunal de Paris, les tours Duo et la tour Triangle. Quel intérêt de construire ces colosses énergivores dans un paysage francilien marqué par une surproduction de surfaces tertiaires ? Le marché de l’immobilier, profondément transformé par les méthodes de financiarisation, aurait-il produit des effets pervers ?

Paris et les tours, c’est un peu « je t’aime moi non plus ». Au moment où la très contestée tour Triangle atteint ses 180 mètres de hauteur, la fin est déjà actée depuis longtemps : en juin 2023, sous pression des élus écologistes – plus nombreux après les municipales de 2020 –, le Conseil de Paris a voté le plafonnement des immeubles de la capitale à 37 mètres au-dessus du sol. Nous sommes loin de la situation de Londres – ville avec qui la concurrence a été évoquée pour justifier la construction d’immeubles de grande hauteur à Paris –, où ces vingt-cinq dernières années les tours ont poussé partout comme des champignons, dopées par un marché immobilier où de très importants pourcentages des logements neufs sont rachetés par des investisseurs étrangers. Et nous sommes encore plus éloignés de la démesure du billionaires’ row de New York, le summum logique de la financiarisation de l’architecture, où de super fines tours s’élancent au-dessus de 300 mètres à l’angle sud-ouest de Central Park : placements immobiliers pour milliardaires, ces appartements se sont vendus à des prix parfois dépassant les 100 millions de dollars.

Ce phénomène de « form follows finance » (la forme suit la finance) a également, nous le savons bien, un coût environnemental élevé, car les tours sont plus gourmandes en matériaux par mètre carré produit ainsi qu’en énergie opérationnelle, en raison des fluides qui doivent être mis sous pression, des ascenseurs qui doivent monter si haut, et de la proportionnalité plus élevée de la surface de l’enveloppe par rapport à l’espace contenu. Au moment du débat, dans les années 2002 à 2010, sur le déplafonnement de certains secteurs de la capitale française, ce sont exactement ces arguments qu’ont avancés les édiles écologistes. Et pourtant, les tours sont bel et bien revenues pendant la petite fenêtre d’opportunité ouverte par le vote de 2010, où le Conseil de Paris a ratifié la modification du PLU. C’est ainsi que le tribunal de Paris de Renzo Piano Building Workshop (2018), les tours Duo des Ateliers Jean Nouvel (2021) et la tour Triangle de Herzog & de Meuron (livraison prévue cette année) sont venus bouleverser l’horizon. Quel lien y aurait-il entre ce phénomène et la financiarisation galopante de l’architecture ces trente dernières années ? (...)

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