Ce concours a été lancé pour retrouver, sous le rond-point actuel, la cinquième – et la plus grande – place royale parisienne. Cinq équipes de maîtrise d’œuvre ont ainsi été appelées au chevet de cet espace patrimonial de premier plan. Elles ont cherché à transformer cet enfer pour touristes, prisonniers des voies au trafic intense et de la chaleur suffocante des nouveaux étés, pour retrouver l’ambiance de ce grand salon rococo à ciel ouvert conçu par Jacques-Ange Gabriel au milieu de du XVIIIe siècle…
Revenons d’abord sur la genèse de cet espace qui, avant l’intervention de Jacques-Ange Gabriel entre 1754 et 1772, n’était qu’un fossé (le fossé jaune) appartenant à l’enceinte de Louis XIII. Comme un haha, il séparait les jardins du Palais des Tuileries du grand parc dessiné à l’ouest par Le Nôtre entre la route menant à Saint-Germain et à Versailles et le cours la Reine, la promenade longeant la Seine. Appelé à aménager cet emplacement pour qu’il accueille une statue de Louis XV, l’architecte du roi est intervenu en parfaite intelligence avec les forces en présence pour imaginer une place ouverte octogonale définie par des balustrades, des guérites et des douves utilisant partiellement les eaux ceinturant l’ancienne fortification… Il a su réaliser un belvédère hors les murs accessible dans la journée depuis les Tuileries par un pont tournant en bois. Un vide délimité et entouré par des vides, un sol cerné par des douves remplies d’eau et entouré par un jardin à l’est, un fleuve au sud et un parc à l’ouest. Tandis qu’au nord, l’architecte a édifié, sans se soucier de leur habitabilité future, deux façades monumentales pour masquer les constructions anarchiques du faubourg Saint-Honoré : un projet portant à son paroxysme, après la lourdeur baroque de la place Vendôme, la légèreté rococo.
Un espace stable et un environnement en mouvement
Si la place est restée relativement stable, son environnement n’a cessé de croître et de se modifier. Citons pêle-mêle : la réalisation en 1791 par Jean-Rodolphe Perronet du pont reliant la rive gauche et l’érection par Bernard Poyet en 1810 de la grande colonnade néoclassique du Palais Bourbon qui en ferme la perspective… De l’autre côté, la fin du chantier de la rue Royale en 1785 suivant les préconisations de Gabriel et de l’église de la Madeleine transformée en temple grec par Pierre-Alexandre Vignon en 1842. Enfin, le percement de la rue de Rivoli sous la direction de Percier et Fontaine, l’achèvement du Louvre, la destruction du palais des Tuileries, la construction de la pyramide transparente de Ieoh Ming Pei, et à l’ouest l’urbanisation du parc de Le Nôtre, l’érection par Chalgrin de l’arc de triomphe de l’Étoile, la création du quartier de la Défense et l’arche de Spreckelsen. Des modifications et des extensions qui ont contribué à changer la nature de la place – à l’origine un lieu de destination, un belvédère en limite de ville s’enfonçant dans le grand paysage, comme la place du Peyrou à Montpellier – pour la transformer en carrefour mettant en relation les anciens faubourgs… (...)