Comment parvenir à s’immiscer sans être intrusif dans un hameau parfaitement préservé et comment établir des correspondances entre son paysage et l’œuvre philosophique monumentale de son plus illustre natif ? Un double impératif auquel quatre équipes de maîtrise d’œuvre ont tenté de répondre en imaginant des dispositifs architecturaux en étroite symbiose avec leur contexte et capables d’en révéler les liens subtils qui l’unissent à l’auteur des Essais.
Ce concours a été lancé en 2024 par la communauté de communes de Castillon-Pujols pour célébrer bientôt le cinquième centenaire de la naissance de Michel de Montaigne (1533-1592) et réactiver un territoire en jachère, celui où il a grandi, vécu et écrit ses Essais. Ici, le paysage semble ne pas avoir évolué depuis la Renaissance et paraît encore hanté par la présence du penseur, comme si le temps s’était arrêté. En témoignent les séquences qui se découvrent dès l’arrivée en voiture par la départementale en léger surplomb. D’abord s’ouvre, à l’emplacement du futur centre, un pré traversé à l’ouest par un ruisseau, dominé par un bosquet monumental et limité au nord-est par une haie. Derrière se dresse la silhouette massive de l’église du XIIe siècle et de son clocher qui règne sur le village et les champs de vignes alentour. Enfin, perceptible à travers les frondaisons d’un semblant de forêt, apparaît la tour ronde, où l’érudit du XVIe siècle travaillait dans sa bibliothèque, seule rescapée de l’incendie qui détruisit le domaine en 1885. Tandis que château attenant, une maison forte du XIVe siècle reconstruite après le sinistre dans le style néo-renaissance, domine toujours depuis son impressionnante terrasse nord, la vallée de la Lidoire.
Stratégies d’implantation
La question de l’insertion était primordiale. Chaque équipe a imaginé une manière d’effacer ses constructions tout en les rendant suffisamment présentes pour qu’elles puissent s’affirmer comme un lieu de destination. Ainsi, pour concevoir ce nouvel équipement culturel à l’entrée du village, les architectes de Sapiens ont trouvé leur inspiration dans la typologie des maisons fortes organisées autour d’une cour centrale, tandis que Bernard Quirot (BQ+A), plus minimal, l’a appréhendé comme une infrastructure encastrée dans le remblai de la route. Les Freaks ont poursuivi le tissu urbain très spécifique de la commune, et Jean-Philippe Lanoire et Sophie Courrian ont érigé trois granges accolées de dimensions comparables à celles de la région, précédées par un grand parc. Tous ces dispositifs trouvent aussi leur légitimité dans les parcours pédagogiques générés à l’intérieur de leurs volumes, qui se poursuivent ensuite à l’extérieur en s’appuyant sur les éléments marquants décrits plus haut. Des éléments qui composent les stations de ces chemins de la connaissance montant en légère pente de l’orée du village vers la terrasse du château, tout en promettant de faire comprendre en marchant cet aristocrate énigmatique, incarnation de l’humanisme de la Renaissance française. Un homme d’action engagé dans la vie de son temps – à fois juriste et homme politique –, dont l’œuvre philosophique avançant pas à pas autour d’une réflexion sur ses propres expériences continue de nous interpeller. (...)