14 x 20 cm, 240 p., 20 euros.
Saviez-vous qu’en courant sur votre tapis roulant vous bénéficiez d’une technologie mise au point pour que les cheveux écrasent du grain sous un tablier, et pour que des prisonniers produisent un peu d’énergie (en dépensant la leur) ? Vous découvrirez d’autres ramifications du développement des tapis roulants qui parsèment aujourd’hui la ville (dans les salles de sport, les centres commerciaux, les chaînes de productions, les abattoirs, le métro et les aéroports…). L’ouvrage de Yves Pagès décrit maints autres chemins empruntés par cette technologie, déployée à des fins agricoles, sanitaires ou industrielles, faite pour des animaux, des humains ou des machines, sous-tendue par des idéologies du redressement (des hommes), et de la rentabilité (des productions). En somme, une technologie qui sert tour à tour à bruler de l’énergie, à en produire ou à en économiser. Ces développements bigarrés sont toutefois guidés par une ferme idée de progrès qui soumet la technologie à un formidable renversement : nous avons si bien dompté la matière que, plutôt que d’avancer sur elle, elle nous fait désormais avancer. L’analyse de Yves Pagès livre une vision des tabliers mécaniques nous faisant surtout avancer toujours dans une même direction : celle de gagner du temps sur la vie pour travailler et s’entretenir davantage. Cette marche en avant capitaliste nous fait toujours « aller nulle part mais très vite » – « going nowhere very rapidly » slogan pour la réclame au cinéma d’un tapis roulant pour le sport, 1926. L’humour de l’auteur, la diversité des illustrations et le sérieux de l’histoire raviront les architectes qui s’interrogent sur l’imaginaire charrié par les convoyeurs, escalators et autres travelators.
Les chaînes sans fin, histoire illustrée du tapis roulant, Yves Pagès, Éditions La Découverte