21 x 15 cm, 286 p., 25 euros.
Un livre sur un livre ? Oui, mais pas n’importe lequel. André Tavares affronte ici rien moins que le mythique De architectura de Vitruve, en s’attachant à « explorer l’histoire éditoriale riche et mouvementée » (p. 11) de ce monument de la théorie architecturale. Son propos est organisé en deux parties : la première retrace la « Biographie d’un livre », déplaçant ainsi son analyse de l’auteur à sa production, soit au « hors texte de Vitruve » qui donne son titre à l’ouvrage de Tavares. En cela, il rejoint les préoccupations de l’historien Roger Chartier, dont on connaît les déplacements féconds qu’il opère, depuis les textes, vers les aspects concrets des livres, de l’objet matériel à son contexte de publication… sans oublier le rôle joué par le lecteur. La seconde partie peut paraître plus surprenante ; elle explore en effet « L’hypothèse tétrastyle », hypothèse qui selon Tavares sous-tend le propos de Vitruve, puisque la disposition des pièces à quatre colonnes est prépondérante dans le traité.
L’auteur narre avec talent l’odyssée biographique de cinq siècles d’édition du fameux traité, depuis les premières publications en latin qui remontent à la fin du XVe siècle jusqu’aux multiples traductions, dans des langues parfois rares ; on devine dès lors que l’ouvrage ici chroniqué est condamné à l’obsolescence dès sa parution, en particulier par l’omniprésence des supports numériques. Le récit est scandé de très nombreuses reproductions des livres ouverts dans la main d’un lecteur, ce qui permet de saisir leur caractéristique physique (épaisseur, reliure, taille, iconographie, mis en pages). Ce panorama bibliographique est complété d’une précieuse liste (10 pages denses !) recensant l’ensemble des éditions, toujours sur les plus de cinq siècles parcourus.
Mais Tavares ne s’arrête pas là : la seconde moitié de son ouvrage opère un autre déplacement « hors texte », mais celui-ci vise à une tout autre matérialité : celle des édifices eux-mêmes. Pour cela, il constitue un recueil de projets (théoriques ou réalisés) comportant des pièces tétrastyles. L’objectif n’est pas d’opérer des correspondances directes entre certaines phrases du traité et des architectures, mais de suggérer « un réseau de liens complexes – explicites ou implicites – entre les différentes éditions du traité et la pratique de l’architecture » (p. 147).
Tout comme la biographie du texte de Vitruve retraçait cinq siècles de théorie sur l’architecture, le tableau des nombreuses salles trétrastyles sélectionnées par Tavares constitue une sorte de traversée de l’histoire de l’architecture savante occidentale, abordée par ses marges.