Face à la fragilité économique des jeunes agences, le Réseau Entreprendre propose un mentorat entrepreneurial inédit. Utile pour structurer une pratique, il interroge également la compatibilité entre modèle de croissance et culture architecturale.
« On est de bons architectes, mais on veut devenir aussi bons entrepreneurs », confie Pierre Parquet, cofondateur avec Charlotte Belval de l’agence Belval & Parquet, lauréate des AJAP 2023 et première agence d’architecture à intégrer le Réseau Entreprendre Paris. Cette phrase, à elle seule, dit la transformation d’une génération : celle qui, confrontée à la contraction du marché de la construction et à la crise du logement, comprend que durer exige d’apprendre à gérer. Les architectes découvrent parfois tardivement qu’une agence est une PME créative, soumise aux mêmes règles économiques que n’importe quelle entreprise : trésorerie, fiscalité, salaires, rentabilité. Peu d’écoles les y ont préparés. C’est là qu’intervient le Réseau Entreprendre, structure associative fondée en 1986 par André Mulliez, qui repose sur un principe simple : « Pour créer des emplois, créons des employeurs. » Le dispositif propose un mentorat gratuit par un chef d’entreprise expérimenté et, le cas échéant, un prêt d’honneur d’une dizaine de milliers d’euros. Mais au-delà des chiffres, il offre une méthode : un regard extérieur, une rigueur stratégique et un accompagnement sur deux ans qui oblige à formuler ce que le métier d’architecte tend à esquiver : la stratégie d’entreprise.
L’architecte, l’avocat et le banquier
Une fois passées les formalités d’entrée dans le réseau, les associés de Belval & Parquet ont dû sélectionner deux mentors. Le premier, Julien Proffit, avocat, est choisi pour les points communs observés entre professions libérales. Le second mentor, Geoffroy Dallemagne, ancien cadre dirigeant de la Société Générale, surprend plus par son éloignement apparent avec la discipline architecturale. « Je n’apporte rien sur la conception, mais sur la dynamique d’organisation : motiver, évaluer, faire grandir les compétences », explique-t-il. Sa trajectoire – ingénieur, banquier, consultant interne puis directeur de la transformation au sein de la Société Générale – tranche avec celle de ses mentorés, mais c’est justement cette distance qui fait levier.
Le programme impose un cheminement exigeant : un dossier d’une vingtaine de pages, sept rencontres individuelles avec des membres du réseau, un passage devant un comité d’engagement composé d’entrepreneurs et de juristes, puis un suivi mensuel. « On ne plaque évidemment pas des process de banque sur une agence d’architecture, souligne Geoffroy Dallemagne. On challenge, on aide à décrypter, on fait émerger les solutions. » Pierre Parquet ajoute : « L’architecte est souvent seul face à ces questions gestionnaires. Là, on a des gens à nos côtés qui écoutent et qui nous aident à trouver nos propres réponses. » Au fil des échanges, l’agence met en place une politique RH, formalise un plan de développement et apprend à « positionner chacun à la bonne place ». Loin d’un formatage, le mentorat devient un compagnonnage économique et ouvre à un réseau d’entraide. (...)