Le Louvre Abu Dhabi, un musée-miroir - Fenêtres et tapis lumineux de 8’18’’

Rédigé par Vincent LAGANIER
Publié le 15/12/2017

Dossier réalisé par Vincent LAGANIER
Dossier publié dans le d'A n°259

Pour éclairer le musée du Louvre Abu Dhabi, les Ateliers Jean Nouvel ont fait appel à 8’18’’. L’agence de concepteurs et plasticiens lumière est basée dans trois villes et deux continents. À Marseille, par Claire-Lise Bague, à Shanghai, par Georges Berne, et à Paris, par François Migeon et Rémy Cimadevilla, qui a répondu à nos questions.

L’équipe de concepteurs lumière a conçu « une mélodie à sept notes qui se combine en cohérence avec le projet d’architecture […]. Ce qui est intéressant avec Jean Nouvel, c’est qu’il apporte une idée et rend possible la recherche permanente ». Avec les architectes, 8’18’’ réalise ainsi plusieurs prototypes. D’abord, des espaces d’expérimentation en Île-de-France permettent de travailler la nature des plafonds en verre et le détail des fenêtres lumineuses. Une galerie, assez haute et dotée d’un puits de lumière, est ensuite construite à l’échelle 1 sur le chantier d’Abu Dhabi. Pour les expositions temporaires, les espaces VIP et l’administration d’autres maquettes sont aussi réalisées. « Elles ont permis de tester et de valider, grandeur nature, nos propositions d’éclairage », se rappelle Rémy Cimadevilla. Surtout, elles ont permis d’optimiser le filtrage de la lumière naturelle qui était confié au cabinet d’ingénierie BuroHappold.

8’18’’ avait comme mission la lumière de l’intégralité du projet, espaces extérieurs, architecturaux et muséographiques. Trois grands thèmes référents les ont guidés pour imaginer l’image lumière du projet :

- l’éclairage intérieur du dôme, telle une voie lactée ;

- les fenêtres virtuelles des espaces publics, sans mât ni downlight ;

- les tapis volants des galeries du musée, aux verres luminescents.

 

Voie lactée sur le dôme

Première note de lumière nocturne : le dôme. Il a déjà contribué à faire de ce projet une icône le jour. De nuit, sur une idée partagée avec le plasticien lumière Yann Kersalé, 8’18’’ positionne 4 500 sources fluorescentes dans le dôme. « On ressent sa masse et, à travers, on perçoit un graphisme de milliers de lignes brisées. Quand le lieu est fermé au public, le dôme rayonne pour la vision extérieure. Il crée un effet cinétique par le mouvement des spectateurs. Ainsi, lorsque l’on se déplace en le fixant, le dôme scintille. »

Fenêtres virtuelles en espaces publics

Sous le dôme, les 55 bâtiments blancs sont comme les pièces de ce prestigieux musée. Mais comment éviter que mâts d’éclairage, projecteurs et downlights n’altèrent cette médina qui se veut un palais des civilisations du XXIe siècle ? 8’18’’ a mis au point une deuxième note de lumière, une fenêtre virtuelle. Elle s’insère dans la trame du bâtiment, prenant la place d’un panneau de façade en béton, « comme si derrière les murs du musée se cachait un gisement de lumière […] ». Cette lumière abstraite, légèrement irréelle, est conçue avec des sources cachées à optique spécifique. Un fond en forme de cyclo, sans aucun bord ni arête. Une rive sans épaisseur finie en « tête de flèche ».

Tapis volants lumineux en galeries

C’est fort de l’expérience du musée du quai Branly à Paris avec Jean Nouvel, ou du Centre Pompidou de Metz avec Shigeru Ban et Jean de Gastines, que 8’18’’ a mis au point l’éclairage des galeries du Louvre Abu Dhabi. « Au travail de sol assez composé en pierre d’Oural, les plafonds répondent par un vitrail à l’horizontal », selon les mots de Jean Nouvel.

Ainsi, presque toutes les galeries sont couvertes d’une nappe en carreaux de verre dépolis, sorte de tapis volants lumineux. Une ambiance des Mille et Une Nuits, mais déclinée en cinq notes.

D’abord, une trame des tubes fluorescents dans des wall washer1 est placée en rive cachée du plafond de verre. Elle définit l’emprise du vitrail dans chaque salle et éclaire les murs en blanc neutre.

Dans la nappe lumineuse elle-même sont répartis des carrés de verre de 30 x 30 cm accueillant des projecteurs encastrés à LED blanc chaud. Rémy Cimadevilla parle d’un « éclairage de rehaut » car, comme en peinture, c’est en relevant le niveau lumineux des objets présentés qu’il éclaircit les matières et les met en scène.

Au-dessus du tapis, l’éclairage LED du vitrail en lumière blanc froid s’effectue avec deux notes de lumière. D’abord, un éclairage indirect général qui permet d’allumer la salle d’un seul coup. Ensuite, un éclairage direct est construit sur des allumages différents pour chaque galerie, en fonction de la texture des verres choisis par l’architecte. Une complexité de haut vol qu’ont su maîtriser les concepteurs lumière.

Le niveau d’éclairement peut s’adapter très précisément aux œuvres exposées : 50 lux maximum pour le papier ou le tissu, sans limite maximale pour la statuaire. Chaque plafond possède ainsi plusieurs circuits d’allumage. Ils sont commandés via le protocole de communication DALI (Digital Addressable Lighting Interface), dédié exclusivement à la gestion d’éclairage.

Les ambiances lumineuses créées dans les espaces du musée sont ainsi diversifiées et évolutives. Une variation nécessaire en fonction des baies et des puits de lumière naturelle : la septième note.

www.lightzoomlumiere.fr


Lisez la suite de cet article dans : N° 259 - Décembre 2017

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