(3/3) « Passer n’est pas effacer » Entretien avec Patrick Rubin, Canal architecture

Rédigé par Maryse QUINTON
Publié le 16/11/2021

bâtiment rue Mouzaïa de Claude Parent et André Remondet

Dossier réalisé par Maryse QUINTON
Dossier publié dans le d'A n°294 L’architecte Patrick Rubin n’a pas attendu que la transformation des situations construites soit sur le devant de la scène pour s’y intéresser. Son agence, Canal architecture, qu’il a fondée avec son frère en 1982, n’a jamais cessé de se passionner pour ces projets de reconversion : bureaux de Libération aménagés dans un ancien garage parisien, l’ancienne chocolaterie Poulain de Blois devenue l’École nationale supérieure de la nature et du paysage, la médiathèque François-Mitterrand dans les anciens ateliers de l’Arsenal de Brest. À Paris, il a récemment reconverti un bâtiment de bureaux de Claude Parent et André Remondet en logements, de quoi renforcer ses convictions en matière de transformation.

D’a : Rue de Mouzaïa à Paris, vous vous êtes confronté à un bâtiment signé Claude Parent et André Remondet. Quelle attitude prévaut lorsqu’on intervient sur une œuvre patrimoniale ?

Au regard de l’exigence de protection d’un bâtiment, déclaré depuis remarquable par le ministère de la Culture, l’architecte peut-il s’interroger sur ce que signifie la commande de ce que l’on appelle communément une « réhabilitation » ? Peut-on superposer un « projet architectural » à une œuvre patrimoniale ? Dialectique sans fin entre héritage et création. Observer puis inventorier les pièces constituantes du savant puzzle du 58 rue de Mouzaïa, conçu il y a presque cinquante ans, semblait aller de soi avant de prendre une quelconque décision. Une des postures de cette transformation s’est rapidement révélée par la décision d’interpréter le sujet original de Claude Parent. Bien souvent, la conservation est la règle et la restitution « à l’identique » en est l’outil. L’atelier a pris le parti de poursuivre le récit de Parent. Un exemple, parmi d’autres, sur cette position paradoxale, est illustré par la décision prise pour le remplacement des anciennes menuiseries extérieures du bâtiment. Thermiquement et acoustiquement adaptées, 600 nouvelles baies encadrées de menuiserie bois, à la silhouette relativement semblable, ont été substituées aux précédentes réalisées originellement en profils aluminium. Sont-elles l’objet d’un faux historique ? Ces nouveaux composants produisent-ils l’effet d’une indélicatesse envers l’auteur ou, au contraire, d’une attention du second architecte, considéré en 2020 comme un passeur ? Passer n’est pas effacer. (...)


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