L’architecture comme métabolisme de la planète

Rédigé par Emanuele COCCIA
Publié le 16/12/2019

Dossier réalisé par Emanuele COCCIA
Dossier publié dans le d'A n°277

Dans son livre paru en 2016 La Vie des plantes, le philosophe italien Emanuele Coccia développe une métaphysique du mélange que l’on pourrait résumer en disant que finalement rien dans notre monde n’est autonome, que nous ne sommes plus en face des choses et des objets, hors d’eux, séparés les uns des autres, mais que nous échangeons constamment notre matière avec eux, dans un mélange continuel de nos corporalités, comme s’il n’existait en réalité aucune frontière entre nous et ce qui nous entoure. Car c’est ce que l’on constate au microscope : une porosité continuelle entre les molécules de notre corps, celles de l’air et celles des choses.

On estime ainsi que le carbone qui compose notre peau aura été entièrement renouvelé en quelques semaines par du carbone venant d’autres corps, d’autres choses, qui étaient hors de nous jusque-là. Ce qui veut finalement dire que le carbone qui composera notre peau demain est celui qui compose la pomme que l’on mange aujourd’hui. Et quand on sait que 65 % de notre poids est de l’oxygène, celui qui était dans l’air de la chambre avant que l’on y vienne dormir, ou qui composait l’air du bureau où on travaille la journée, on comprend alors que notre relation à l’espace n’est pas abstraite, distante, mais intrinsèquement mélangée, physiologiquement interdépendante, chimiquement continue. C’est tout l’enjeu de la lutte contre la pollution intérieure. Cette métaphysique du mélange, que Coccia établit selon notre dépendance aux plantes dans son livre, est en réalité aussi présente dans cette continuité chimique entre notre corps et l’architecture, notre santé et l’espace.

Introduction par Philippe Rahm

 

 

Depuis des siècles, l’architecture est hypnotisée par la pierre. Elle a toujours pensé à la relation au monde, à l’espace, au reste de l’être humain, toujours et seulement à travers la médiation de la pierre. Maisons, usines, bureaux, rues : dans tout artefact architectural, il semblait nécessaire de faire coïncider l’expérience du monde avec la contemplation de sa réalité minérale. Être chez soi, trouver sa place dans le monde, a signifié donc être entouré de pierres, être à l’intérieur d’un cocon de matière minérale (...)

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