Il arrive que les choses que nous croyons et ressentons comme relevant de l’essence même de notre nature d’être humain nous apparaissent soudain dans leur prosaïque réalité : des sensations, des comportements et des certitudes surtout déterminés par notre culture. On l’expérimente d’abord avec les tout petits enfants, pour lesquels l’apprentissage de chaque acte ne va jamais de soi. On l’éprouve ensuite dans le contact avec les autres cultures, comme l’anthropologie nous l’a montré depuis la découverte du Nouveau Monde jusqu’aux récits de Lévi-Strauss.
Habiter nous semble de même relever de besoins élémentaires : un volume clos, quelques ouvertures et une température de l’air uniforme d’environ 22 °C. On sait pourtant que jusqu’au XVIIIe siècle, une température intérieure de 14 °C en plein hiver était considérée comme excessive et même nuisible à la santé, même chez les rares privilégiés qui avaient les moyens de se chauffer. Les progrès dans le domaine de l’analyse des flux thermodynamiques, de la qualité de l’air, de l’effusivité et de l’émissivité des matériaux nous montrent aujourd’hui que notre confort, voire notre santé, dépend de facteurs autrement plus complexes : pour le dire plus crument, l’habitant moderne est un ignorant. Cette ignorance ne lui nuit pas seulement dans sa maison ou son bureau, elle est nuisible pour la planète car elle le pousse à consommer inutilement de l’énergie.
Cette dimension cachée, ou tout le moins perdue, dans laquelle interfèrent les variations climatiques, détermine à notre insu l’atmosphère dans laquelle nous vivons. Dès lors que nous pouvons l’appréhender et la maîtriser, il devient possible de construire autrement et, pourquoi pas, d’imaginer refonder la discipline architecturale à l’aune de ces nouvelles connaissances. C’est à cette refondation que l’architecte Philippe Rahm s’est engagé depuis quelques années. Aux premières installations dans lesquelles il permettait à chacun d’expérimenter physiquement la complexité des systèmes climatiques ont succédé aujourd’hui des projets architecturaux et urbains. C’est avec lui que pour la première fois d’a a conçu un numéro entièrement autour d’un thème, celui de la dimension climatique de l’architecture. Pour nous, il a réuni les philosophes, historiens, scientifiques, architectes et chercheurs français ou étrangers dont la réflexion porte sur ces questions. Un numéro qui, s’il est moins ancré dans la réalité professionnelle que d’habitude, s’inscrit dans un mouvement qui a l’ambition de participer aux changements de paradigmes que nous impose l’urgence environnementale.
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