Jean-Paul Viguier : une attitude différente en France et à l’étranger

Rédigé par Christine DESMOULINS
Publié le 02/11/2015

Les salles d’expositions du McNay Art Museum de Dallas, Jean-Paul Viguier et Associés, architectes.

Dossier réalisé par Christine DESMOULINS
Dossier publié dans le d'A n°240


La culture anglo-saxonne favorise la responsabilisation individuelle dans un système organisé horizontalement alors que la nôtre, verticale, pousse à « ouvrir des parapluies » ! Jean-Paul Viguier estime que ce principe de précaution qui impose à la réalisation de projets d’architecture en France une kyrielle de contraintes tient aussi à la différence entre le droit anglo-saxon et le droit français. Le premier est un droit coutumier qui fabrique les textes au fur et à mesure des cas à adapter. Par son esprit plus jurisprudenciel, il est plus souple que le droit français qui est un droit écrit fondé sur une anticipation des problèmes. Dans ce contexte, où il faut toujours des avis d’experts et des procédures longues pour déroger aux textes, il juge d’ailleurs décevante la loi sur la simplification administrative qui, dit-il : « se contente d’écrêter les anomalies les plus visibles ». Pour lui, sous réserve qu’elle soit maîtrisée, la complexité peut servir de socle au développement d’une architecture créative et, dans ce cadre, les innovations ne devraient pas être empêchées par des contraintes administratives et réglementaires insurmontables. Pour concevoir les 2 hectares de toiture en EFTE du pôle de loisirs à Lyon, il a travaillé avec des ingénieurs suisses qui avaient couvert le parking de la gare de Montreux avec une structure de ce type, très légère, et d’une grande pureté. « Ces ingénieurs ont finalement renoncé devant l’impossibilité de faire face au principe de précaution si courant en France qui, ici, poussé jusqu’à l’absurde par les contrôleurs techniques, m’a obligé à construire une structure métallique de soutien quasiment inutile. » Il a donc aimé la liberté avec laquelle il a pu réaliser un prototype pour le McNay Art Museum au Texas. Il s’agissait de tester un nouveau dispositif de réglage de la quantité de lumière par une superposition de stores coulissants perforés et motorisés. « En France, il aurait fallu des ATEx et des certificats d’assurances, là-bas nous avons testé et mesuré la lumière. Nous nous sommes fait notre petit CSTB. Le maître d’ouvrage a financé le prototype sans terreur à l’égard des compagnies d’assurances ; j’ai néanmoins demandé un conseil au CSTB, et Ove Arup a mis au point le système. Pour que les assureurs garantissent le musée sur la base de nos essais pragmatiques, nous avons fait appel au principe de responsabilité et non pas de précaution. » 



LA TOUR MAJUNGA À LA DÉFENSE 

« D’une tour à l’autre, nous intégrons toujours des progrès et des innovations. S’agissant de prototype, chacune d’elle fait l’objet d’une certification du CSTB et d’une commission de sécurité reposant sur des aspects à la fois pragmatiques et théoriques. Depuis que j’ai construit Coeur Défense en 2001, nous avons progressé et les techniques ont considérablement évolué. Avec 1500 tonnes par poteau, la résistance du béton est deux à trois fois plus élevée qu’il y a dix ans, ce qui permet de libérer totalement les façades de la structure. Et si la réglementation a, pendant longtemps, dicté la forme, la tour Majunga à la Défense (2014) s’en libère tout en intégrant ces contraintes. Cela nous permet d’optimiser la vastitude sur des plateaux de formes différentes atteignant, selon les étages, 1500 à 2000 m2. J’ai notamment réfléchi “avec des pompiers qui savaient que ces grands vaisseaux n’avaient pas de réponse toute faite dans les livres”. Nous avons ainsi pu prolonger les recherches qui avaient permis la grande innovation de Coeur Défense consistant à reporter dans les noyaux tous les espaces de cantonnement exigés par la réglementation incendie française pour mettre les personnes à l’abri des fumées. Ceci nous avait permis de créer à chaque niveau un double plateau de 1800 m2 libre de tout cloisonnement. » Mais là où Coeur Défense réunissait plusieurs tours accolées, à Majunga, ce principe est associé à la liberté formelle d’une tour unique. Des fenêtres ouvrantes, des jardins d’étage et une sky loggia apportent aussi un confort aux utilisateurs, mais surtout des économies d’air conditionné. Majunga est la première tour en France à disposer à chaque étage d’une loggia de 50 m2 ou d’un balcon et, dans chaque bureau, des ouvrants dotés de moucharabiehs permettent d’accéder à l’air libre tout en étant à l’abri du vent. 

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