Si la question du patrimoine est un outil au service de la transition, le bassin minier a trente ans d’avance

Rédigé par CATHERINE BRETRAM, VIGINIE LAPIERRE, LUCAS MONSAINGEON ET CATHERINE SEYLER
Publié le 20/11/2023

Dossier réalisé par CATHERINE BRETRAM, VIGINIE LAPIERRE, LUCAS MONSAINGEON ET CATHERINE SEYLER
Dossier publié dans le d'A n°312 par Jean-François Caron, président de l’Association des biens français Patrimoine mondial en France et maire de Loos-en-Gohelle


Le bassin minier est le symbole même du processus de patrimonialisation aujourd’hui, mais ce mouvement est d’abord né d’une difficulté à effectuer un travail de deuil après la fin de l’activité industrielle minière. Je suis issu d’une ville qui est un laboratoire de la transition grandeur nature, et il m’apparaît de plus en plus évident que les questions de patrimoine et de transition sont puissamment imbriquées. La transition engendre des insécurités majeures et interroge nos imaginaires. Nous tournons progressivement le dos à tout ce qui nous a fondés pour passer à un autre monde. C’est une autre forme de développement, par nature insécurisante et déstabilisante, de nos constructions humaines individuelles, intimes et collectives. Et cela engendre un certain nombre de résistances au changement.

C’est d’ailleurs pour cette raison que, d’après moi, la question de la transition est une question de sciences humaines et sociales avant d’être une question d’ingénieur, parce qu’elle génère des pertes de repères. Dans le Livre blanc sur le bassin minier rédigé en 1994-1995, la question culturelle avait déjà été identifiée comme chantier prioritaire, parce que nous devions travailler sur « qui nous étions », à un moment où nous étions encore dans le rejet complet de l’héritage minier.

Les questions de transition sont consubstantielles aux questions patrimoniales au sens large : celles des héritages naturels, architecturaux, urbanistiques et culturels. Le bassin minier s’est construit sur un modèle systémique hégémonique, où les houillères possédaient tout, sauf les cimetières : les églises, les écoles, les stades de foot, les cités minières, etc. La transformation subie après la disparition des houillères a été d’autant plus d’incroyable, et c’est en partie ce qui a été salué par l’Unesco avec l’inscription du bassin minier au patrimoine mondial en 2012, en tant que paysage culturel évolutif.

La gestion de nos héritages pose donc la question de nos racines, de ce qui nous fonde. C’est la question de la fierté et de l’estime de soi qui produit des effets de confiance ou pas, et qui seule va nous permettre d’affronter la transformation dans laquelle nous sommes, sachant où l’on habite. Au sens propre comme au sens figuré, un arbre qui n’a pas de racines tombe au premier coup de vent. Le travail sur la question de l’héritage n’est pas engagé pour revenir à la nostalgie du monde de la mine, avec sa cohorte de morts : si nous en avons besoin, c’est pour affronter les temps qui viennent.

Parmi l’ensemble des bassins charbonniers sur la planète, celui du Nord-Pas-de-Calais est peut-être le plus (...)

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