Centre de l'architecture en terre à Mopti, Mali

Rédigé par Christophe BOULEAU
Publié le 10/05/2011

Le Centre de l'architecture en terre, destiné à promouvoir le patrimoine architectural en terre, son histoire et ses techniques de construction, est le fruit d'un programme de conservation et réhabilitation de l'architecture en terre au Mali, soutenu par le ministère de la Culture et l'Aga Khan Trust for Culture. Il a été conçu par Diébédo Francis Kéré, dont les réalisations d'écoles au Burkina Faso, pays voisin du Mali, ont contribué à renouveler l'expression de la construction en Afrique, tout en restant d'exécution simple et accessible à une main-d'œuvre locale peu qualifiée. Christophe Bouleau, architecte responsable du projet pour l'Aga Khan Trust for Culture, a suivi les études et le chantier. Il évoque pour da les enjeux et les acquis de ce projet expérimental.



La terre est utilisée dans le delta intérieur du Niger depuis au moins le IIIe siècle. L'architecture monumentale en terre trouve son expression la plus aboutie dans les mosquées et les constructions civiles

de Mopti, Djenné, Tombouctou ou Gao, villes médiévales situées au carrefour des routes commerciales qui lient, au moins depuis le VIIIe siècle, l'Afrique de l'Ouest à l'Europe et au Moyen-Orient. À la suite de la restauration en 2008 de la grande mosquée de Mopti, qui se dresse dans le quartier de Komoguel, ont été réalisés l'assainissement d'une partie significative du quartier et le pavage des rues, afin d'améliorer les conditions de vie. C'est là que vient d'être terminé le nouveau Centre de l'architecture en terre.
Mopti est une ville-île, à la confluence du Bani et du Niger. À la faveur de sa situation géographique et de son port, elle est devenue un marché régional important. Aujourd'hui, la ville arrive à saturation ; son insularité en limite par définition l'extension, alors que sa population continue de croître : la densité augmente, au détriment des conditions de vie et de l'espace  public. C'est ainsi que les dernières décennies
ont vu se multiplier de vastes terrepleins constitués de déchets jetés dans le fleuve, sur lesquels les plus modestes construisent leurs maisons. En 2008, un système d'égout a été mis en place et le quartier de Komoguel a été doté d'une protection contre les crues. La construction d'une digue a permis de gagner

4 800 mètres carrés d'espaces publics, en bordure du lac intérieur : le pagué Danawal. C'est sur ce remblai qu'a été édifié le Centre de l'architecture en terre. Développé de manière conjointe par la municipalité de Mopti et l'Aga Khan Trust for Culture, le programme comprend un espace d'exposition permanente et un café-terrasse accessibles depuis la rue principale. À ce programme, se sont ajoutés des espaces communautaires de réunion pour les divers comités de quartier, accessibles depuis le quartier de Komoguel ; y est associé un ensemble de latrines et de douches publiques. Les différents volumes correspondant aux affectations du programme s'alignent en s'adossant au fond bâti de la parcelle au sud, afin de libérer l'espace d'un jardin le long du pagué Danawal.

Le traitement paysagé du jardin public a été conçu à partir d'essences locales mises en pépinières à Mopti ou prélevées dans l'environnement alentour : ainsi la croissance adéquate de végétaux adaptés est assurée, l'entretien et l'arrosage réduits. Les palmiers rôniers (Borassus flabellifer L.), les palmiers doum (Hyphaene thebaica) et les flamboyants (Delonix regia) ont été prélevés dans la brousse à quelques dizaines de kilomètres de Mopti et transplantés sur site. De même, le gazon est entièrement constitué de graminées sauvages issues des terres inondables autour de Mopti, transplantées lors de la saison des pluies.


L'USAGE DES RESSOURCES LOCALES POUR UNE EFFICACITÉ MAXIMALE

Puisqu'il s'agissait d'interpréter l'architecture en terre de manière contemporaine, le choix de l'architecte s'est naturellement porté sur Diébédo Francis Kéré. Pour s'adapter aux ressources locales, le projet est conçu à partir de trois matériaux seulement: la brique de terre comprimée pour l'enveloppe (murs et voûtains), l'acier pour la charpente et la couverture, la pierre et le gravier pour les traitements de finition. Principal matériau de construction, la brique de terre comprimée (BTC) s'est imposée non seulement parce qu'elle peut être fabriquée localement, mais aussi pour ses hautes qualités structurelles, thermiques et acoustiques. Cette technique de construction étant encore peu répandue au Mali, il était également important de démontrer les vastes possibilités qu'elle offre dans des programmes contemporains et d'établir une référence qui fasse école. Bien que la BTC soit résistante à l'eau de pluie, il est préférable de la protéger des intempéries par un fort débord de toiture. Les larges porte-à-faux protègent ainsi les cheminements de coursive périphérique, tout en apportant une ombre bienvenue. Réduite à sa plus simple expression, l'utilisation de l'acier pour le second oeuvre, la charpente et la couverture trouve sa résonance dans la tradition locale des forgerons et métalliers. Impropres à la construction et victimes des insectes xylophages, les bois locaux ne sont pas employés. La ventilation naturelle maîtrisée et la grande hauteur sous toiture offrent une atmosphère fraîche, contribuant au caractère bioclimatique de l'édifice.


L'EXPÉRIENCE DU CHANTIER COMME PROCESSUS DE PROJET

Dans les édifices de Diébédo Francis Kéré, la définition de la forme architecturale, la dimension des espaces, la position des ouvertures sont déterminées par la mise en oeuvre, ou plus exactement par l'expérience préalable de la mise en oeuvre dans des contextes pauvres en maind'oeuvre qualifiée. En ce sens, le processus de construction est une source d'expérimentation soumettant le concept d'architecture aux capacités de production d'un lieu déterminé. À Mopti, l'architecte a fourni des plans définissant enveloppe et ouvertures, l'ingénieur a développé les détails de construction essentiels et la matérialisation du projet a eu lieu sur place. La mise en oeuvre s'est appuyée sur des plans d'exécution partiels, des croquis et même souvent sur des indications verbales et des tracés au sol. Faisant appel aux savoir-faire locaux en impliquant les résidents du quartier, le chantier, qui a compté jusqu'à 220 ouvriers et manoeuvres locaux, a également joué un rôle de formation. Cependant, certaines qualifications indispensables, telles que la fabrication de BTC ou la construction de charpente de grande portée en acier, n'existaient pas à Mopti. Il a donc fallu faire appel à deux entreprises : Alexandre Wédraogo, de Ségou (Mali), a fabriqué les BTC et construit la maçonnerie des murs, des voûtains et les chaînages en béton armé, tandis que l'entreprise ATCMali, de Bamako (Mali), a réalisé la fabrication et la mise en oeuvre de la charpente et de la couverture métalliques. Les finitions de pierre de taille et de moellons ont bénéficié de l'expérience de maîtres maçons égyptiens et syriens, qui ont formé les ouvriers maliens au calepinage et à la pose de pavages en pierre et béton de gravier.

La mise en forme des espaces verts, quant à elle, s'est déroulée sous la supervision de deux jardiniers égyptiens : ils ont réalisé les terrassements de terre végétale et ont coordonné le programme des plantations, en collaboration avec un pépiniériste local.

La contrainte posée par le calendrier très serré de livraison du projet a déterminé la plupart des choix de mise en oeuvre. Fin février 2010, l'agence Kéré Architecture transmet son projet détaillé à l'ingénieur structure Pichler pour vérification des dimensionnements et dessin des détails d'exécution. Le projet est alors revu, diverses options de couverture sont proposées ayant des implications sur l'écoulement des eaux
de pluie. Début avril, le projet est finalisé par l'agence Kéré Architecture. La réalisation commence lors de la période des fortes chaleurs. Puis, malgré la saison des pluies qui s'étend de juin à septembre, le projet,
le jardin et les espaces extérieurs sont terminés en cinq mois et ouverts au public le 1er novembre 2010.


Maîtres d'ouvrages :  Aga Khan Trust for Culture, Genève

Maîtres d'oeuvres :  Diébédo Francis Kéré Architecture, Berlin

Ingénieur structure : Pichler, Berlin
Entreprises :  maçonnerie de brique de terre, Alexandre Wédraogo ; charpente et couverture métallique, ATC-Mali
Surface : 476 m2 (intérieur) ; 3 500m2 (jardin public)
Coût : 243 000 €
Date de livraison :

L'édifice, entouré de son jardin public, est bâti sur un remblai dont la digue protège le quartier des crues périodiques et offre un lieu de promenade aux habitants.<br/> Crédit photo : RICHTERS Christian Les avant-toits de la façade principale caractérisent l'architecture en créant de larges ombres portées sur les coursives, très appréciées par les visiteurs durant les heures chaudes.<br/> Crédit photo : RICHTERS Christian vue générale<br/> Crédit photo : RICHTERS Christian Espace d'exposition sur l'architecture en terre coupe Détail En construction en construction 2 en construction 3

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