N° 198 - Mars 2011

A l'horizontale

L’insatiable appétit pour des architectures spectaculaires, le rôle iconique auxquelles elles sont aujourd’hui assignées et les possibilités parfois sans limites offertes à leurs concepteurs pour répondre à cette exigence, tout concourt à saturer notre regard et à épuiser notre capacité d’analyse de ces avatars d’urbanité. La compétition pour le Cultuurforum Spui à La Haye, que vous découvrirez dans ce numéro, est d’ailleurs emblématique de cette surenchère.

Mais cet excès de virtuosité n’est-il pas une manifestation désespérée face à la remise en cause des valeurs de la spatialité devant l’emprise des valeurs relevant de la temporalité ? Alors que les liens territoriaux se dissolvent dans la globalisation, que le processus compte davantage que le résultat et que ce qui relève du flux, de l’échange, de la précarité ou de l’errance prend le pas sur la matière.

Comment échapper à cette injonction au spectaculaire, à laquelle s’ajoute, sur un tout autre plan, l’outrance du carcan spéculatif, décisionnel et réglementaire de la commande ? Si la signification d’une architecture repose autant sur les usages la constituant que sur le sens donné par son concepteur ; en d’autres termes, si la temporalité l’emporte sur la spatialité, n’est-ce pas en questionnant les processus d’élaboration que de nouvelles manières de projeter pourront émerger ?

Pour contourner l’opacité et la complexité des processus de décision, déjouer les logiques financières ou la fatalité réglementaire, des pratiques alternatives apparaissent un peu partout. De l’autoconstruction aux coopératives d’habitants, de plus en plus d’initiatives se mettent en place, avec ou sans architecte. Il y est question de concertation, de démocratie participative, des termes qui effraient beaucoup d’architectes dont l’ego est plus à l’aise dans une vision verticale du pouvoir de décision. Il est vrai qu’à l’heure où de nombreux projets d’intérêt public sont bloqués par des collectifs confondant somme des égoïsmes individuels et sens de la communauté, la frontière est ténue entre engagement citoyen et guerres picrocholines. Mais les architectes auraient tort de mépriser les aspirations des usagers à davantage de dialogue, car ils pourraient bien y trouver une nouvelle légitimité et un espace de liberté, pour peu qu’ils s’en fassent les maîtres d’oeuvre consentants.

Emmanuel Caille

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