Entretien avec Heleen Hart & Mathieu Berteloot, Atelier HBAAT : Dessine moi une maison

Rédigé par Richard SCOFFIER
Publié le 05/09/2022

HBAAT portrait

Article paru dans d'A n°301

Après la visite du cinéma municipal de Marcq-en-Barœul, lauréat du Grand Prix d’architectures 10+1 2021, puis du tiers-lieu de Cappelle-en-Pévèle et de la maison unifamiliale de Lambersart, nous retournons à l’agence, une ancienne salle de bal située dans Wazemmes, un quartier populaire de Lille. C’est un vaste espace de travail et d’expérimentation, un atelier qui, avec sa grande cuisine, reste proche d’un espace domestique. Nous prenons place parmi un amoncellement de maquettes de projets en cours...

D’A : Qu’est-ce qui vous a poussés à commencer vos études dans une école d’architecture ?

Heleen Hart : Jeune, je me sentais attirée par le monde de l’art en général, la peinture, la musique comme le design, sans savoir quelle place y prendre. Les choses se sont précisées en terminale après la visite de la rétrospective Malevitch à Amsterdam. J’ai saisi dans cette exposition qui montrait les rapports du suprématisme et du constructivisme l’étroite imbrication possible entre l’architecture et l’ensemble des autres arts. 

Par ailleurs, j’ai aussi été sensibilisée très jeune à la variété des modes d’habiter. D’origine néerlandaise, je voyageais régulièrement de la France vers les Pays-Bas. Et je ressentais sans me l’expliquer que ce pays offrait une manière de vivre très différente, exprimée notamment par les grandes baies vitrées des maisons hollandaises qui laissaient pénétrer sans retenue le monde extérieur au cœur de leur intimité. Ce que je percevais très bien quand nous allions chez ma tante à Pijnacker : une maison de plain-pied sur la rue conçue autour d’un patio, un bel exemple d’architecture moderne des années 1950. Cette habitation directement connectée à la ville me paraissait sans commune mesure avec le pavillon de banlieue que j’occupais avec ma famille à proximité de Rouen. 

Mathieu Berteloot : J’ai toujours aimé le dessin et les travaux manuels. Mon grand-père était menuisier-charpentier, comme mes oncles qui travaillaient au bout de la rue de la maison où j’ai grandi. Un atelier adossé à une vaste cour où les bois, livrés une fois par an, séchaient sous une petite halle contigüe. C’était mon terrain de jeu quand je n’avais pas école. J’y ai passé beaucoup de temps à assembler des chutes de bois avec des clous pendant que mes oncles fabriquaient des fenêtres et des escaliers en bois massifs, ou encore des charpentes qu’ils traçaient préalablement à la mine de plomb sur de grands panneaux de contreplaqué.

Dans ce milieu, rien n’était jeté : les chutes étaient soigneusement triées, entreposées ou, en dernier lieu, utilisées pour le chauffage. Même les clous et les vis qui traînaient par terre étaient ramassés une fois par semaine, le samedi matin. Partout pesait une grande attention à l’économie de matière. 

Plus tard, au lycée, j’ai choisi un enseignement en arts appliqués. Ce qui m’a permis de découvrir, avant de rentrer en école d’architecture, le dessin, le design, le graphisme, mais aussi l’histoire de l’art et de l’architecture. 


(...)

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