L'architecture ou l'art de transformer le réel. Par Philippe Prost

Rédigé par Philippe PROST
Publié le 19/10/2022

Reprise d’un poteau de charpente par enture à trait de Jupiter.

Article paru dans d'A n°302

Si hier encore, à la fin du XXe siècle, patrimoine rimait avec vieilles pierres et monuments historiques avec chefs-d’œuvre en péril, aujourd’hui en ce début de troisième millénaire patrimonial rime à l’évidence avec environnemental. Pourquoi ? Eh bien tout simplement parce que le patrimoine, c’est ce qui dure, ce que les générations se sont transmis au fil des siècles, ce qui est parvenu jusqu’à nous. Ce n’est pas sans raison que nos voisins britanniques emploient, eux, le mot « héritage ». Quoi de plus durable en effet qu’un bâtiment vieux de deux, trois ou quatre cents ans, ayant démontré au fil des siècles sa capacité à évoluer avec les usages comme à accueillir de nouveaux programmes, un bâtiment dont certaines parties ont déjà été transformées plusieurs fois, des ouvrages démontés et réemployés, d’autres éléments ayant été purement et simplement recyclés.

L’actualité de l’été 2022, avec ses épisodes répétés de montée des températures, de sécheresse et d’incendie, mais aussi de pluies diluviennes et d’inondations un peu partout dans le monde – la France n’y échappant pas –, semble avoir convaincu même les plus réticents quant à la réalité du réchauffement climatique comme de la crise environnementale dans laquelle nous nous trouvons plongés. De nouveau, l’Homme a peur de la nature. La construction a sa part dans cette crise, d’autant que l’architecture est progressivement devenue, dans bien des cas, un bien de consommation presque comme un autre à cette différence près que son impact écologique est l’un des plus considérables qui soient. Comme tous les acteurs du monde de la construction, les architectes se doivent désormais de prendre leurs responsabilités; mieux, ils peuvent, dans ce contexte, devenir les acteurs d’une autre approche; il leur appartient maintenant de tracer de nouvelles perspectives sans pour autant renoncer à l’architecture, pas plus qu’à la création. 


En finir avec la logique de la table rase comme avec l’obsolescence de l’architecture.

Pour tracer de nouvelles perspectives, il faut d’abord en finir avec la logique de la table rase puis avec celle de l’obsolescence de l’architecture, perceptible depuis plusieurs décennies. Le premier phénomène a toujours vu et voit encore dans la démolition l’acte fondateur de tout projet, approche longtemps partagée par les différents acteurs de l’architecture, à l’exception notable de l’univers du patrimoine où la conservation a toujours prévalu. Bien que nous soyons de plus en plus nombreux à voir dans l’existant une ressource disponible, une richesse culturelle, et au-delà dans sa conservation une des réponses à l’enjeu environnemental, il est encore aujourd’hui beaucoup trop fréquent que la démolition soit considérée comme l’unique solution d’une équation dans laquelle le bilan financier est l’alpha et l’oméga de la prise de décision technique et politique. La démolition relève de l’anachronisme : démolir devrait être, dans beaucoup de cas, purement et simplement interdit; transformer devrait être systématiquement la première approche. Le second phénomène résulte de la combinaison de l’évaluation de l’architecture au regard des règles de la construction et de l’assurance avec le modèle de la société de consommation. (...)

Les articles récents dans Point de vue / Expo / Hommage

Barto + Barto in situ Publié le 27/08/2024

La Maison de l’architecture des Pays de la Loire présente une exposition consacrée à Barto+Bart… [...]

Solano Benítez : soigner la différence Publié le 27/08/2024

Nous avons rencontré Solano Benítez chez lui à Asunción. Lors d’une conversation qui s’est Ã… [...]

Conception-réalisation versus architecte-artisan Publié le 29/04/2024

Une chronique de la série "Malentendus sur l'architecture et abus de langage de ses disciples" par … [...]

Le logement collectif, otage de l’architecture Publié le 29/04/2024

L’architecte Gricha Bourbouze, dont l’agence nantaise Bourbouze & Graindorge conçoit… [...]

Corbu, Gromort et l’Art et essai Publié le 01/04/2024

Une chronique de la série "Malentendus sur l'architecture et abus de langage de ses disciples" par … [...]

L'action ou la chose ? Publié le 11/03/2024

Une chronique de la série "Malentendus sur l'architecture et abus de langage de ses disciples" par … [...]

.

Réagissez à l’article en remplissant le champ ci-dessous :

Vous n'êtes pas identifié.
SE CONNECTER S'INSCRIRE
.

> L'Agenda

Octobre 2024
 LunMarMerJeuVenSamDim
40 01 02 03 04 05 06
4107 08 09 10 11 12 13
4214 15 16 17 18 19 20
4321 22 23 24 25 26 27
4428 29 30 31    

> Questions pro

Quel avenir pour les concours d’architecture publique ? 1/5

Structure des procédures, profil des équipes à monter, références à afficher, éléments de rendus…, les concours publics connaissent depuis…

« En décidant de ne pas tout transformer, tout change » - Entretien avec Alexandre Chemetoff

Réutiliser, transformer, restructurer, revaloriser… autant d’actions souvent recommandées quand les enjeux de l’époque incitent à retravai…