Affaires d’expression, trois expositions

Rédigé par Karine DANA
Publié le 04/04/2016

Job Smeet et Nynke Tynagel dans un atelier de fonderie

Article paru dans d'A n°243

Michael Young : « Al(l) »

Présentée dans les Écuries du Grand-Hornu jusqu’au 29 mai prochain, l’exposition « Al(l), projets en aluminium de Michael Young » repose sur la sélection d’une série de projets iconiques du designer britannique requérant un usage très caractéristique de l’aluminium. Selon Maria Cristina Didero – commissaire de l’exposition –, l’expérimentation est une méthode de travail que Michael Young a su très vite intégrer à la production en série.


Diplômé de l’université de Kingston en 1992, Michael Young est rapidement devenu l’une des figures des plus recherchés des institutions, Telles que the Conran Shop et le Centre Pompidou, pour son minimalisme sophistiqué en opposition directe avec le style raffiné dominant à Londres à l’époque. Aujourd’hui très implanté en Asie, c’est là-bas qu’il explore nombre de possibilités d’ingéniosités technologiques. Cette double influence le conduit à développer « un art industriel, pas seulement comme une édition limitée, mais à une échelle de production de masse », précise le designer. L’exposition « Al(l) projets en aluminium » raconte les grandes lignes de ce qui constitue aujourd’hui la tendance au perfectionnisme abstrait.

Trois produits phare assez caractéristiques des axes de questionnement du designer permettent de bien comprendre sa démarche. La série Metal Rock, à laquelle appartient l’Oxygen Chair récemment acquise par le San Francisco Museum of Modern Art, renvoie à un ensemble de tabourets dans lesquels du gaz à haute température et soumis à une très forte pression a été injecté dans de l’aluminium en fusion. Metal Rock se veut l’aboutissement d’un processus industriel, mais dont les objets qui en résultent sont uniques, avec une finition main.

La collection Dub Pendants, quant à elle, rassemble une série de luminaires élaborés à partir de matériaux recyclés, combinant aluminium et verre, et déclinant deux finitions de surface – anodisée ou thermolaquée – afin de refléter les différents niveaux de lumière. Pour sa conception, le designer s’est référé aux secteurs industriels dédiés à la production des mécanismes de distribution de chaleur pour les pièces automobiles et électroniques. Les détails raffinés pouvant être obtenus par l’extrusion d’une multitude d’ailettes ont inspiré le designer pour la production du lustre Dub. Chaque abat-jour comprend plus de 100 ailettes extrudées et délicatement étirées produisant des rais de lumière dans l’abat-jour.

Troisième produit exposé des plus emblématiques du designer, la chaise LessThanFive en fibre de carbone, d’un poids inférieur à 2 kg, a été développée pour la société américaine Coalesse Design Group après deux années de développement. Sa structure et sa forme ont été développées en collaboration avec une usine de fabrication de vélos à haute performance. Une technologie idéale, selon le designer, pour le développement d’une chaise empilable extrêmement légère.

« Al(l) », jusqu’au 29 mai Site du Grand-Hornu, rue Sainte-Louise, 82, Hornu, Belgique



Studio Job est MAD

Première exposition solo américaine consacrée au travail des designers Job Smeets et Nynke Tynagel, « Studio Job MAD HOUSE » est présentée au MAD (Museum of Arts and Design) de New York jusqu’au 21 août prochain. Établi à Anvers, cet atelier se distingue par une des productions les plus loufoques du moment. Les designers y développent un travail très expressif, opulent, caractérisé par une obsession du modèle, de l’ornement, du détournement. « Chaque expression est une déclaration », posent-ils. Et c’est bien de toute cette ambivalence dont il est ici question à travers cette exposition immersive d’objets d’art, de mobilier, de sculpture, d’éclairage, de fragments de murs et de sols. Smeets et Tynagel puisent leur inspiration de l’étude historique d’importantes collections d’art et d’art décoratif. Leur engagement envers l’artisanat reflète un intérêt constant dans le renouveau des pratiques traditionnelles appliquées aux arts, tels que le moulage en bronze, la dorure, la marqueterie, les vitraux et la faïence.

« Studio Job MAD HOUSE », jusqu’au 21 août, Museum of Arts and Design, 2 Columbus Circle, New York.

Leur travail est également visible à la Studio Job Gallery, basée à Anvers, un espace dédié à l’art contemporain et au design.



Design-fiction

Comment la science-fiction et le design d’interface s’influencent mutuellement ? Telle est la problématique actuellement abordée à la Cité du design de Saint-Étienne, et ce jusqu’au 14 août prochain. L’exposition « Culture Interface : Numérique et Science-fiction », dont le commissariat est assuré par Nicolas Nova – chercheur en ethnographie et en design d’interaction –, aborde la culture du numérique au regard de la science-fiction. Avec pour arrière-plan historico-imaginaire les films Minority Report, Retour vers le Futur 2, Avatar, 2001, Iron Man ou encore Star Trek, un certain nombre d’objets hybrides – casques de réalité virtuelle, gants connectés, interfaces gestuelles, interfaces cérébrales – sont analysés dans l’objectif de démontrer que les designers savent aussi s’affranchir des stéréotypes pour proposer des créations singulières, renouvelant à leur tour ces grands modèles fictionnels.

Ainsi en est-il du projet Slurp de Jamie Zigelbaum, Adam Kumpf, Alejandro Vazquez, et Hiroshi Ishii, une interface tangible qui permet de manipuler des contenus numériques comme s’il s’agissait d’un liquide. L’utilisateur absorbe et extrait le contenu de l’écran en pressant l’objet, le déplaçant d’une machine à une autre par cette simple manipulation physique. Le projet Voice d’Alice Haldenwang développe quant à lui une interface biotechnologique intégrant une seconde corde vocale et un collier de modulation vocale pour communiquer avec la machine. Un langage entre l’humain et la machine est créé à mi-chemin entre le son pur des fréquences de la machine et la sensibilité de la voix humaine. Le Mobile Lorm Glove Output, de Tom Bieling, Ulrike Gollner et Tiago Martins présente pour sa part un dispositif de communication et de traduction pour les sourds-muets utilisant le principe des interfaces gestuelles. Il existe sous la forme d’un gant sur lequel on peut tracer des messages textuels qui seront ensuite reçus par le gant de l’interlocuteur sous la forme de vibrations.

Enfin, ludique et énervant, Le 23e Joueur de Samuel Bianchini est un ballon de football augmenté et autonome. Interface étrange, ce ballon dispose de sa propre capacité de mouvement. Il bouge pour éviter les joueurs et force ceux-ci à questionner leur manière de joueur au football.

« Culture Interface : Numérique et Science-fiction », jusqu’au 14 août, Cité du design, 2, avenue Grüner, Saint-Étienne


> Photos

> Autres produits dans la même catégorie

FULL MÉTAL

Les métaux argentés que sont l’acier inox et …

Une quête d’essentiel -…

Dans le cadre du nouveau cycle d’expositions «&…

Le Campus MaNa, un lieu de…

Inauguré en avril dernier, Campus MaNa est un li…

RETOURNONS DANS LES BOIS

« La pensée sauvage » du philosophe et anthropo…

Le design situé de Nicola…

Diplômé en 2017 de l’École nationale supérie…

Comment mourir en beauté…

Pour nos proches ou nous-même, nous sommes confro…

PLURIDISCIPLINAIRE

Au dixième Présentée lors de la 17e De…

Le design en Ukraine : Un …

De par sa situation géographique et historique, l…

Back to Milan

Chaque année au mois d’avril se déroule l’in…

VOIR ÉGALEMENT

>> Actus brèves
>> Parcours
>> Photographes
>> Livres
>> Point de vue / Expo / Hommage
>> Concours
>> Le dossier du mois
>> Le Grand Entretien
>> Innovations
>> Produits utiles
>> Questions pro
>> Razzle Dazzle by Mehdi Zannad
>> Techniques

Les articles récents dans D’A Lab - Design

FULL MÉTAL Publié le 29/04/2024

Les métaux argentés que sont l’acier inox et l’aluminium, matière phare avant-gardiste des a… [...]

Une quête d’essentiel - Guillaume Bloget à la Cité du design de Saint-Étienne Publié le 01/04/2024

Dans le cadre du nouveau cycle d’expositions « Présent<>Futur » de la Cité du… [...]

Le Campus MaNa, un lieu de synergie créative Publié le 12/03/2024

Inauguré en avril dernier, Campus MaNa est un lieu de formation professionnelle consacré au desi… [...]

RETOURNONS DANS LES BOIS Publié le 14/12/2023

« La pensée sauvage » du philosophe et anthropologue Claude Lévi-Strauss oppose à la figure du … [...]

Le design situé de Nicolas Verschaeve Publié le 20/11/2023

Diplômé en 2017 de l’École nationale supérieure des arts décoratifs (EnsAD) de Paris, le desi… [...]

Comment mourir en beauté ? Publié le 11/10/2023

Pour nos proches ou nous-même, nous sommes confrontés lors des rites funéraires à un environneme… [...]

.

Réagissez à l’article en remplissant le champ ci-dessous :

Vous n'êtes pas identifié.
SE CONNECTER S'INSCRIRE
.

> L'Agenda

Mai 2024
 LunMarMerJeuVenSamDim
18  01 02 03 04 05
1906 07 08 09 10 11 12
2013 14 15 16 17 18 19
2120 21 22 23 24 25 26
2227 28 29 30 31   

> Questions pro

« En décidant de ne pas tout transformer, tout change » - Entretien avec Alexandre Chemetoff

Réutiliser, transformer, restructurer, revaloriser… autant d’actions souvent recommandées quand les enjeux de l’époque incitent à retravai…

Vous avez aimé Chorus? Vous adorerez la facture électronique!

Depuis quelques années, les architectes qui interviennent sur des marchés publics doivent envoyer leurs factures en PDF sur la plateforme Chorus, …

Quelle importance accorder au programme ? [suite]

C’est avec deux architectes aux pratiques forts différentes, Laurent Beaudouin et Marie-José Barthélémy, que nous poursuivons notre enquête sur…