Butte-Rouge : la municipalité s’entête

Rédigé par Charles BOULLENGER
Publié le 14/01/2021

Cité-jardin de la Butte Rouge à Châtenay-Malabry

Construite pendant l’entre-deux-guerres à Châtenay-Malabry, la Butte-Rouge, emblématique cité-jardin de la région parisienne, se retrouve depuis plusieurs années au cœur d’un vaste projet de dégradation volontaireLa municipalité souhaite détruire 80 % de ce site architectural et paysager afin de le réorganiser et le densifier. Une enquête publique venant de se clôturer témoigne pourtant de la réticence des riverains. Selon les associations mobilisées, près de 87 % d’avis défavorables au projet ont été enregistrés. Une sauvegarde également encouragée par le ministère de la Culture qui n’hésitera pas, si la mairie ne le fait pas, à classer la cité-jardin Site Patrimonial Remarquable par décret au conseil d’État  

Il y a un siècle, Henri Sellier, administrateur de l’office des Habitations à Bon Marché, achetait des terrains en bordure du bois de Verrières pour y implanter une des cités-jardins qui deviendra selon Jean-Louis Cohen « la plus harmonieuse d’Europe ». La cité de la Butte-Rouge, conçue par les architectes Joseph Bassompierre, Paul de Rutté, Paul Sirvin et le paysagiste André Riousse y est construite entre 1931 et 1965. Elle compte aujourd’hui environ 3 800 logements répartis sur 70 hectares. Proposant un ensemble de faible densité, composé de bâtiments peu imposants entourés de jardins et places, elle offre à des habitants aux revenus modestes un cadre de vie qualitatif encore largement apprécié aujourd’hui malgré l’état de certaines constructions.   

 

Alors que la mairie souhaite radicalement transformer la cité-jardin en la densifiant en logement neuf, défenseurs du patrimoine et de l'environnement se mobilisent pour préserver cette subtile composition urbaine. Des principes urbains avec lesquels architectes et urbanistes cherchent d’ailleurs à renouer en ces temps de crise écologique et de crise sanitaire. Respect de la topographie du site, appartements traversant dotés de balcons, cages d’escaliers aérées et lumineuses sont autant de principes qui font de ce quartier une référence étudiée et visitée par de nombreux étudiants.  

 

La municipalité de Châtenay-Malabry, au prétexte de l’absence de mixité sociale, veut détruire 80 % de la Butte-Rouge afin d’y construire des logements en accession à la propriété. Le précédent maire, Georges Siffredi, ostensiblement insensible aux caractéristiques urbaines de son territoire a justifié la nécessité d’une démolition par la mauvaise isolation phonique existante, le fort taux d’humidité de certains bâtiments, les typologies d’appartements inadaptées et l’absence de parkings. Des problématiques évidentes pour des logements construits il y a plus de 70 ans mais qui n’appellent pas nécessairement une démolition, de nombreuses autres solutions existent. 

 

Dans la même lignée que son prédécesseur, le nouveau maire Carl Ségaud avait demandé une enquête publique en vue de la modification du Plan local d'urbanisme de sa commune. Les résultats de cette consultation montrent l'opposition massive des riverains au projet. L’association Châtenay Patrimoine environnement revendique en effet 87% d’avis défavorables. Le ministère de la culture se positionne également contre la municipalité et pourra en dernier recours classer la cité-jardin Site Patrimonial Remarquable par décret au conseil d’État. Malgré de nombreuses alertes, des soutiens internationaux unanimes, deux pleines pages à quelques mois d’intervalle dans le journal Le Monde, le maire s’entête. On en saura davantage quant à l’avenir de la Butte Rouge dans un mois lorsque les conclusions de l’enquête publique seront réalisées.


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