À chacun son élément - Concours pour le pôle culturel du Grand Cognac

Rédigé par Richard SCOFFIER
Publié le 20/11/2023

Vue depuis la rue et du parking du projet lauréat de Bigoni Mortemard

Article paru dans d'A n°312

Enfin un concours d’équipement culturel intercommunal où n’ont pas été invités les quelques architectes français qui semblent « abonnés » à ce type de programme ! Ici pas d’objets messianiques, mais des propositions qui semblent engendrées spontanément par la complexité du site…

Cognac, une cité médiévale lovée dans une anse de la Charente où subsistent çà et là de rares traces des remparts et d’anciennes maisons à colombages. Au sud de l’emplacement de la porte d’Angoulême, depuis longtemps détruite, s’étendent les anciens faubourgs et les chais des négociants qui ont fait la fortune de la ville. C’est là que les édiles de la communauté d’agglomération ont décidé de rassembler les équipements culturels dispersés dans des édifices emblématiques mais inadaptés du cœur de ville. Ainsi le conservatoire à rayonnement intercommunal s’est-il glissé dans un ancien hôtel particulier du XIXe siècle, la villa François-1er, trop exigu cependant pour accueillir l’auditorium maintenant indispensable à son classement. Musiques classique et actuelle, chant et art dramatique y sont enseignés. Quant à la médiathèque, elle s’est installée dans une partie de l’ancien couvent du prieuré Saint-Léger, fondé au XIe siècle, dont la visibilité comme les conditions d’accès et de stationnement sont loin d’être satisfaisantes. Elle possède un fond important et s’enorgueillit d’être le siège d’une multitude d’associations très actives.
 
Palimpseste
Ces programmes prendront place, avec les archives de la production du Cognac, sur deux parcelles contiguës et imbriquées qui s’inscrivent dans un vaste îlot industriel. La première, la plus grande, s’ouvre au sud sur une rue en pente, la rue Plumejeau, en partie par une façade classique que les concurrents devaient préserver. Une façade qui masque un vaste atelier éclairé zénithalement par des sheds : un espace ayant abrité une capsulerie, puis une imprimerie. Mais cette parcelle recèle d’autres secrets, notamment le pavillon d’une ancienne maison de négoce noyé entre des constructions annexes plus récentes. La seconde parcelle, étroite et allongée, coulisse à l’arrière, environ 3 mètres plus bas, pour rejoindre à l’est la place Camille-Godard, un vaste parc de stationnement essentiel à l’animation de cette ville d’environ 20 000 habitants. Elle est occupée sur toute sa largeur par une halle et un long espace ombilical qui la relie à la ville.
Les équipes en concurrence ont toutes attentivement étudié ce palimpseste, rassemblant les sédiments de la mémoire industrieuse de la ville, pour y dégager le ou les éléments essentiels à partir desquels élaborer leurs propositions… C’est presque exclusivement la façade à préserver qui a retenu l’attention des lauréats, Stéphane Bigoni et Antoine Mortemard, tandis que les murs séparatifs monumentaux et le pavillon rescapé de la maison de négoce ont surtout impressionné PNG et Julien Boidot. Enfin l’Atelier Philippe Madec & Associés s’est plutôt intéressé aux grandes halles, développant chacune leur ambiance propre, qui structurent le site.
 
 

STRUCTURE

Architectes : Bigoni Mortemard (Stéphane Bigoni et Antoine Mortemard, architectes associés, Kevin Fuhrmann, chef de projet) [LAURÉATS]
BET : Batiserf (structure), SoLab (fluides), BMF (économiste), Vivié & Associés (acoustique), Caroline Cordier Scénograficc (scénographie), Coorpibat (OPC)

Sans doute la lecture la plus décapante des objectifs de la maîtrise d’ouvrage. La façade sur la rue est étayée par un dispositif totalement disproportionné qui renvoie aux charpentes des chais de la région. D’imposants arbalétriers en pin douglas se croisent pour maintenir à bout de bras l’élément à préserver. Vue depuis le vide du petit parking de la rue Plumejeau, l’image est saisissante : le mouvement de la structure monumentale est parfaitement mis en scène derrière une membrane de verre. Mais aucun fétichisme ! La façade dite « classique » reçoit elle aussi son traitement de choc. Elle très pertinemment transfigurée par les deux architectes qui lui font subir la chirurgie appliquée à l’infirmerie de la prison Saint-Lazare à Paris, dont ils révélaient le caractère palladien avant de la métamorphoser en bibliothèque Françoise-Sagan (2015). Les fenêtres sont ainsi débarrassées de leurs menuiseries et les linteaux inutiles sont supprimés afin de faire apparaître des arcades profondes, un rien mauresques, dans lesquelles se suspendent de lourdes lanternes plus en phase avec la nouvelle destination du lieu. Une enveloppe en tuiles canal recouvre la charpente et forme un vaste origami sous lequel les différentes nappes programmatiques se juxtaposent et se superposent librement : d’abord la médiathèque en double hauteur ; au-dessus de ses réserves, l’administration, qui reste invisible depuis la rue ; puis l’agora organique, qui serpente et joue habilement sur les niveaux pour relier l’entrée rue Plumejeau à l’auditorium et à son jardin ; tandis qu’à l’étage les différentes salles du conservatoire s’organisent indépendamment autour de leur patio planté.
 

MURS

Architectes : Atelier PNG (mandataire) et Atelier Julien Boidot (architecte associé)
BET : Batiserf (structure), Choulet (fluides), Ecallard (économiste), AVA (acoustique), Fred Bonnet (VRD), Artsceno (scénographie), Polygraphik (signalétique), Cécile Barani (agencement intérieur)

Pour PNG et Julien Boidot, ce sont les murs en pierre, scandés d’imposants chaînages, qui semblent essentiels, tout comme le pavillon de la maison de négoce, rasé sans états d’âme par les lauréats. Cette ancienne construction (...)

Les articles récents dans Concours

Le texte et la trame - Cité des imaginaires, grand musée Jules-Verne : dialogue compétitif organisé par la métropole de Nantes Publié le 03/07/2024

Un dialogue compétitif qui attire l’attention par la cohérence entre son site, son programme et… [...]

Exercices de virtuosité - Concours organisé par Paris Habitat pour la construction de 12 à 14 logements sociaux, rue Beaunier, Paris 14e Publié le 29/04/2024

Paris Habitat a invité quatre jeunes équipes d’architectes pour insérer une douzaine de logem… [...]

Quatre écrins pour une relique - Concours pour la rénovation et l’extension du musée de la Tapisserie de Bayeux Publié le 01/04/2024

Comment présenter dans les meilleures conditions possibles une bande de lin brodée datant du XIe&… [...]

Exercices de haute couture, concours pour la restructuration de la coupole et de l’esplanade du campus de l’École polytechnique de Lausanne Publié le 11/03/2024

Des équipes internationales et locales ont récemment été mises en compétition pour répondre a… [...]

Genèse, Concours pour la restructuration du chai de Château Lafite Rothschild à Pauillac Publié le 14/12/2023

Comment intervenir dans un dispositif millénaire qui a pour but la transsubstantiation – pour emp… [...]

Orientalismes : concours pour la villa Hegra à Al-'Ula, Arabie Saoudite Publié le 11/10/2023

Non, l’Arabie saoudite n’est pas qu’une monarchie pétrolière… Un recoin du tapis de prièr… [...]

.

Réagissez à l’article en remplissant le champ ci-dessous :

Vous n'êtes pas identifié.
SE CONNECTER S'INSCRIRE
.

> L'Agenda

Juillet 2024
 LunMarMerJeuVenSamDim
2701 02 03 04 05 06 07
2808 09 10 11 12 13 14
2915 16 17 18 19 20 21
3022 23 24 25 26 27 28
3129 30 31     

> Questions pro

Quel avenir pour les concours d’architecture publique ? 1/5

Structure des procédures, profil des équipes à monter, références à afficher, éléments de rendus…, les concours publics connaissent depuis…

« En décidant de ne pas tout transformer, tout change » - Entretien avec Alexandre Chemetoff

Réutiliser, transformer, restructurer, revaloriser… autant d’actions souvent recommandées quand les enjeux de l’époque incitent à retravai…

Vous avez aimé Chorus? Vous adorerez la facture électronique!

Depuis quelques années, les architectes qui interviennent sur des marchés publics doivent envoyer leurs factures en PDF sur la plateforme Chorus, …