N° 181 - Avril 2009

Pari contre la crise

Scepticisme et ironie avaient accueilli le lancement de la mission consultative pour le Grand Paris. Était-il sérieux de confier au ministère de la Culture (celui qui remet l’insigne d’officier des arts et lettres à Sylvester Stallone) l’avenir des 11 millions de Franciliens ? Les architectes étaient-ils formés à maîtriser une si vaste échelle d’intervention ? Pouvait-on réellement faire travailler ensemble les chercheurs et les praticiens et demander à ces derniers d’échanger leurs idées et d’oublier un peu leur égo ? À lire les trois mille pages rendues en mars par les dix équipes sélectionnées, la richesse de leurs propositions et l’ampleur du spectre disciplinaire mis en œuvre, on se dit que le pari est tenu. Certains n’ont peut-être pas joué collectif (Nouvel, MVRDV) mais jamais un territoire n’avait été appréhendé ainsi : l’architecte n’y est plus le démiurge redessinant le monde, il se fait enquêteur, conciliateur ou stimulateur. Effets de grande composition et objets architecturaux s’effacent (Castro mis à part). C’est le paysage urbain et suburbain, dans toute la richesse de sa complexité politique, sociale, économique, biologique et esthétique, qui se place désormais au cœur des stratégies de projet.
C’est l’aboutissement d’une longue révolution. Même si la plupart des architectes mandataires font entendre leur voix depuis près de quarante ans, ils montrent ici qu’ils savent se renouveler (Grumbach, Portzamparc) avec des contributions passionnantes équilibrant d’autres analyses plus prospectives (LIN, l’AUC, Secchi et Viganò).
Depuis les années soixante, les théoriciens ont puisé la substance de leur réflexion dans l’observation des espaces échappant au contrôle des architectes. Las Vegas pour les Venturi, Los Angeles pour Banham et New York ou Lagos pour Koolhaas. Avec ce « grand pari », la métropole francilienne se place à son tour au cœur d’une réflexion fondamentale mais elle se donne en même temps des solutions pour agir. Il faut s’en réjouir. À l’heure de la crise, les pouvoirs politiques sauront-ils pour autant se saisir de cette opportunité historique ?

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» Laurent Millet, les machines à voir. Texte d'Olivier Namias
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