La scène architecturale slovaque

Rédigé par Natalia PETKOVA
Publié le 15/12/2023

Dossier réalisé par Natalia PETKOVA
Dossier publié dans le d'A n°313

Entre l’Ukraine, la Pologne, la Tchéquie, l’Autriche et la Hongrie, la Slovaquie est un jeune et petit pays de l’Europe centrale, peu connu des Français. Son paysage architectural l’est encore moins. Outre la curiosité pour ce qui se dessine ailleurs, cette tentative de dresser – ou plutôt d’esquisser – un portrait de l’architecture contemporaine slovaque est née d’une volonté d’éclairer un certain nombre d’histoires et de problématiques communes aux pays européens au moment où les mouvements nationalistes cherchant à les diviser se multiplient.

Architecte slovaque diplômée de l’université de Cambridge et de l’École des hautes études en sciences sociales, Natalia Petkova a travaillé dans diverses agences à Paris et à Londres. Elle prépare à l’université Paris-Est une thèse qui interroge ce que le choix de la pierre en structure fait à l’architecture contemporaine.

Sommaire :


Commençons par quelques faits. La Slovaquie est un pays d’une superficie de près de 50 000 km2 avec une population d’environ 5,4 millions d’habitants. Bratislava, sa capitale, est située à l’extrémité ouest du pays, près des frontières avec l’Autriche et la Hongrie. La Slovaquie a acquis son indépendance en 1993, à la suite de la division pacifique de la Tchécoslovaquie, après soixante-quinze ans de coexistence avec la partie tchèque au sein de l’État commun. Pour notre discussion sur l’architecture récente du pays, il est important de s’attarder brièvement sur la fin des années 1960, période qui, comme dans d’autres parties de l’Europe, a vu une transformation profonde de valeurs. En Tchécoslovaquie, elle a été portée par le mouvement démocratique du Printemps de Prague, avec à sa tête le réformateur Alexander Dubček. Ce fut une tentative d’humaniser le totalitarisme et le rôle dirigeant du parti communiste dans le développement de l’État commun en introduisant la liberté d’expression, de presse et de circulation et en prônant la décentralisation de l’économie. Cette bouffée de liberté, aussi rapidement qu’elle a éclaté, a été éteinte par l’invasion des troupes du pacte de Varsovie sous la direction de l’Union soviétique en août 1968. La fédéralisation de l’État et le renforcement des compétences de la partie slovaque du pays ont été parmi les rares réformes réalisées à l’issue du printemps de Prague. Au 1er janvier 1969, la République socialiste slovaque est donc née en tant que partie d’une fédération asymétrique avec la Tchécoslovaquie, avec Bratislava comme capitale. Cette petite ville, qui comptait à peine 80 000 habitants à la création de l’État commun après la Première Guerre mondiale et 250 000 au moment de la fédéralisation, n’avait presque aucun patrimoine architectural pouvant pleinement fournir un cadre pour remplir les fonctions et le statut d’une capitale.
Depuis 1969, la Slovaquie a vécu d’autres transformations sociétales majeures, dont notamment la chute du mur en 1989, l’ouverture concomitante des frontières physiques et culturelles, la séparation avec l’actuelle Tchéquie en 1993, puis une période au tournant du siècle qui pourrait être qualifiée d’« hypercapitaliste » avec la privatisation des institutions, des biens et des espaces publics, et enfin l’intégration dans l’Union européenne en 2004. La guerre qui se déroule dans l’Ukraine voisine depuis l’invasion par la Russie en février 2022 rappelle l’histoire mouvementée du pays, pris par sa position limitrophe entre l’Est et l’Ouest dans le tourbillon des enjeux géopolitiques.
 
Désidéologisation et renouveau
L’architecture est l’un des fronts où les Slovaques se confrontent et négocient avec ce passé fait de ruptures de façon à la fois critique et optimiste. Dans leurs constructions ou interventions contemporaines, les architectes exerçant dans le pays font également preuve d’une certaine agilité à s’adapter aux changements sociétaux et abordent l’histoire de leur pays en désidéologisant leur regard, faisant leur la pluralité narrative de cet héritage. C’est le cas de la douzaine de projets publiés dans ce dossier. Loin de fournir une image exhaustive de l’architecture slovaque telle qu’elle se présente aujourd’hui, cette petite sélection de projets réalisés au cours des cinq dernières années permet néanmoins d’identifier quelques tendances générales ainsi que des approches singulières. Un entretien avec les représentantes de l’Ordre slovaque des architectes sur les réalités de la profession ainsi que trois textes écrits par des historiens et théoriciens locaux apportent des clés de compréhension sur le contexte de ces réalisations et pointent (...)

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