Paris quand même

Rédigé par Guillemette MOREL-JOURNEL
Publié le 02/12/2022

Paris quand même

Article paru dans d'A n°303

Paris quand même, Jean-Christophe Bailly, La Fabrique, 11 x 17 cm, 240 p., 13 euros.

Quand même, malgré tout, quoi qu’il en soit, toujours, encore : Paris. Tout comme Léon-Paul Fargue ou Jacques Roubaud, Bailly est un grand piéton de Paris. Son regard est aussi plus critique, politique, ce qui l’amène à observer et à pourfendre l’emprise du capital sur la capitale, ses anciens quartiers populaires, mais aussi ses avenues, ses passages chers aux surréalistes, ses monuments, et jusqu’aux comptoirs et terrasses de ses cafés. Le duo assonant formé par messieurs Arnault et Pinault en prend pour son grade, avec la « confiscation » par le premier de la Samaritaine de Jourdain puis Sauvage par l’hôtel 5 étoiles du Cheval Blanc – où l’on ne trouve plus rien –, et la « métamorphose » par le second de la halle aux blés de Le Camus de Mézières, devenue Bourse du commerce, puis « bradée au profit d’un éclectisme chic indexé à une stratégie du placement », celui de la fondation d’art contemporain aménagée par Ando. Deux présidents de la République – Pompidou le moderne destructeur, Macron le bradeur libéral – ne sont pas en reste. Car les malheurs de Paris ont désormais changé de méthode, avec « le remplacement des pratiques de destruction brutale par des techniques sophistiquées de dévitalisation » perpétuées par « tout ce qu’un journalisme aux ordres appelle les élites, qui sont en fait toujours autoproclamées » : en clair, par les lois du marché.

Depuis le pied de la statue de Montaigne face à la Sorbonne aux « 3 ou 4 000 personnes dormant dehors chaque nuit à Paris », Bailly donne, en 37 tableaux de longueur très variable (de 3 à 20 pages), le portrait de multiples visages de la capitale, de ses constructions, ses espaces publics, mais aussi de ses habitants, de ses pratiques. Son art de la flânerie se remémore celui d’une foule d’auteurs littéraires – Balzac, Baudelaire, Benjamin, Breton, pour s’en tenir à une seule initiale –, puisque l’auteur n’est pas seulement un grand marcheur, mais aussi un lecteur d’une immense érudition. Le tout dans un style éblouissant dénué de toute afféterie, à la fois direct et précieux. GMJ

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