Notre-Dame : de grands architectes pour accoucher d’une souris

Rédigé par Léo FIGUET
Publié le 27/09/2021

La cathédrale, avant son parvis.

À la suite de l’incendie de Notre-Dame de Paris en avril 2019, la Mission d’étude pour la requalification de l’Île de la Cité avait brièvement refait parler d’elle avant d’être à nouveau enterrée. Quelques mois plus tard, la Ville de Paris lançait une consultation internationale bien plus modeste pour l’Île : l’aménagement des abords de la cathédrale. Alors qu’Anne Hidalgo vient de révéler les principales directions du réaménagement, ainsi que les quatre équipes sélectionnées pour y travailler, l’Île n’a jamais paru aussi intouchable. La ville de Paris n’a visiblement pas pris la mesure des enjeux patrimoniaux de ce site traité avec mépris depuis deux siècles.

Les quatre équipes présélectionnées au terme d’un pré-jury auront à réfléchir sur le futur des abords de Notre-Dame, dans toute leur épaisseur (le parking, la crypte, les quais, le parvis, les squares et les rues adjacentes). Elles sont :

 

- Le paysagiste Michel Desvignes avec Grafton Architects, H2O et Urban Eco,

- L’agence Antoine Dufour avec Ateliers jour et Auxilia,

- La paysagiste Jacques Osty et associés avec Bernard Desmoulin et Orma Archittettura,

- Le paysagiste Bas Smets avec GRAU et Neufville-Gayet.

 

Une sélection ambitieuse qui mêle Pritzker Prize, agences confirmées et agences plus jeunes. Ils sont architectes, paysagistes, architectes du patrimoine et urbanistes, français ou non. De si grands architectes pour accoucher d’une souris ? Le programme et la latitude donnés aux architectes n’est manifestement pas à l’échelle de cette place, l'une des plus emblématique de la scène touristique mondiale. Après la Mission Île de la Cité menée par Dominique Perrault (et le groupe Auchan) qui proposait de rendre les sous-sols de l’Île adaptés aux touristes et aux marchands, la mairie de Paris propose que les abords de Notre-Dame deviennent « résilients » et « attractifs ».

 

Sous ces deux étendards, l’objectif de ce réaménagement consiste à transformer le parvis en « place parisienne du quotidien » tout en le préparant à accueillir à nouveau un flot ininterrompu de touristes. Les quatre équipes devront également réfléchir à des programmes à la hauteur du site : l’intégration d’une bagagerie, de toilettes (avec un espace nurserie) et de banques d’informations, tout cela sur un périmètre de plus de quatre hectares. Quatre hectares en territoire occupé : les premières consultations et la muséification continue de l’Île depuis le siècle dernier laissent peu de marges de manœuvre aux participants. Il faut pouvoir végétaliser les abords sans entraver les (nombreuses) perspectives, clarifier les circulations sans toucher aux tracés existants et perméabiliser les sols sans entraver la capacité d’accueil pour les touristes.

 

Pour accueillir tous ces programmes, la mairie appelle à des propositions architecturales sobres afin de ne faire aucune ombre au fétiche. Elle préconise que celles-ci soient enfouies dans le parking, ou, à défaut, deviennent des événements ponctuels sur le parvis : escaliers vers le sous-sol, réutilisation ou pastiche du mobilier urbain parisien, de kiosques ou de colonnes Morris, zones de repos… La Ville met à la disposition des candidats tout un arsenal pour pouvoir s’approprier pleinement les deux hectares mis à nu du parvis. Les architectes ont été avertis par la mairie qui a précisé que « tout geste architectural est exclu », l’important est de mettre en valeur la cathédrale, comme si ce grand vide qu’il faut pérenniser la mettait en valeur. Une politique étonnante à l’heure où les plus grands historiens préconisent une reconstruction du parvis. 


Deux points de vue à ce sujet, publiés dans le d'a n° 291 :

« Notre-Dame des petits besoins » par Jean-François Cabestan

« Rendre la cathédrale à la cité » par Benjamin Mouton

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