Une initiative exceptionnelle pour endiguer l’inexorable transformation du logement social en produit de consommation

Rédigé par Christine DESMOULINS
Publié le 03/03/2021

Extraits de la table ronde

Article paru dans le d'A n°287

Le 15 janvier 2021 a été remis le rapport sur la qualité d’usage et la qualité architecturale du logement social. Pour la première fois ce type d’étude a été mené à la requête conjointe de trois ministères : la culture, le logement et la transition écologique. Une des originalitésde ce groupe de travail est aussi d’avoir rassemblé tous les acteurs, de la maîtrise d’œuvre à la maîtrise d’ouvrage en passant par les habitants.

Les rapporteurs font notamment une critique dévastatrice du recours désormais systématique à la vente en l’état futur d’achèvement (VEFA). Ils ne se privent cependant pas d’inviter la profession d’architecte à une remise en question, via sa formation, de ses compétences en matière de chantier. En proposant également de lancer des expérimentations à grande échelle, cette enquête prouve qu’elle n’est pas « un rapport de plus », mais un véritable outil doté de propositions concrètes.

Nous avons réuni pour cette table ronde ses trois acteurs principaux : Pierre-René Lemas, ancien directeur général de la Caisse des Dépôts et Consignations, l’architecte Marie-Hélène Badia et Hervé Fontaine, directeur du développement d’ICF Habitat La Sablière.

Extraits :

 

"Avoir du logement une vision holistique en le considérant dans sa globalité et non plus uniquement, comme depuis des années, d'une façon quantitative et financière" 

Pierre-René Lemas


"Dans la construction du logement, un intrus nommé VEFA semble avoir fait beaucoup de mal à cette valeur holistique du logement qui nous a tant préoccupés"

Hervé Fontaine


"La VEFA est un big bang qui a éclaboussé la maîtrise d'ouvrage publique et la maîtrise d'oeuvre. Cette dernière s'est trouvée face à de puissants opérateurs qui ont saisi l'occasion de soustraire de ses missions historiques des choses qu'ils s'estimaient capables de mieux faire que les architectes" 

Hervé Fontaine


"Il semble pertinent de faire de la qualité de l'habitat un élément commercial et donc de réintroduire un référentiel global de qualité, un label de qualité de vie"

Pierre-René Lemas


"La confusion des rôles donne le pouvoir absolu à celui qui maîtrise le foncier, qui a industrialisé les choses et qui prétend faire "du BEAU" après avoir anesthésié tous ceux avec qui il devait travailler par le passé"

Hervé Fontaine


"Il faudrait mettre en place une labellisation plus unifiée évitant une diversité d'entrées plus techniques que représentatives de la qualité de vie et des usages"

Marie-Hélène Badia


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Emmanuel Caille : Si la question du logement se pose depuis toujours, il est rare qu’autant de personnes s’y penchent. Pierre-René Lemas, vous avez présidé ce groupe de travail. En quoi cet ambitieux rapport est important ? N’incite-t-il pas d’autre part à étendre au logement privé vos préconisations pour le logement social ?


Pierre-René Lemas : La commande nous a été passée par ministère de la Culture, le ministère de l’Écologie et le ministère du Logement en décembre 2019, peu après l’adoption de la loi ELAN qui a suscité des espoirs en raison d’un accord entre divers acteurs comme l’Union sociale pour l’habitat, mais aussi des inquiétudes et des interrogations chez les acteurs de la maîtrise d’œuvre, à commencer par les architectes. Il nous revenait d’analyser l’état des choses et de réfléchir à l’ensemble de la chaîne constructive – réhabilitation comprise – depuis la commande jusqu’aux rôles tenus par l’ensemble des acteurs pour regarder s’il y avait encore des éléments de blocage, bien que le gouvernement termine à peine sa réforme législative.

Début 2020, autour d’un comité de pilotage composé de Marie-Hélène Badia, Hervé Fontaine et moi-même, nous avons engagé des réflexions et des auditions en réunissant tous les acteurs du processus de construction. La Covid et le confinement nous ont conduits à recentrer le regard que nous portions sur les choses. Dès lors, la distinction entre ce qu’est le logement social et ce qui ne l’est pas s’est estompée pour mettre en évidence l’idée que tout l’habitat doit répondre à des impératifs de qualité. Ce raisonnement nous a ensuite conduits à élargir la focale pour nous intéresser à l’environnement du logement, au rôle de l’habitat dans cet environnement et à ce que l’on trouve ou non à proximité. Ce sont des notions que tout le monde a ressenties de façon très sensible ces derniers mois, notamment lors du confinement. 

Notre travail a été ponctué par un moment un peu particulier où nous avons pris conscience que la réalité, pourtant bien connue, n’était pas au cœur des politiques publiques. Nous avons encore élargi la focale pour réfléchir aux outils qui nous permettaient d’avancer tout en réfléchissant au rôle des acteurs dans cette optique. Marie-Hélène a une formule que nous avons tous retenue : avoir du logement une vision holistique en le considérant dans sa globalité et non plus uniquement, comme depuis des années, d’une façon quantitative et financière.

Les rapports évoquant le processus de logement ou le droit du logement étant légion, il s’agissait pour nous d’un choix méthodologique. Il a permis de faire travailler ensemble presque tous les acteurs pour aboutir à quelques idées parfois déjà dans l’air du temps mais jamais traduites dans les politiques publiques. Il en est ainsi de la définition du logement, de celle de son environnement proche et de la description ou des préconisations que l’on peut faire quant au process de construction. Nous en avons conclu que la meilleure méthode pour avancer serait une expérimentation grandeur réelle sur un volume significatif de logements à construire ou à réhabiliter.  (...)


Lisez la suite de cet article dans : N° 287 - Mars 2021

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