Meudon : les carrières menacées

Rédigé par Étienne TRICAUD
Publié le 15/04/2022

Carrières de Meudon

Article paru dans d'A n°296

Le combat sur les carrières de Meudon continue ! Cette fois-ci, la Cour des Comptes s’agite. À partir d'un certain nombre de soutiens, un contrôle sera lancé. Les soutiens sont à apporter via la plateforme citoyenne de la cour des comptes :


 

https://participationcitoyenne.ccomptes.fr/processes

/consultation-cdc/f/5/proposals/230

www.change.org/p/non-au-comblement-partiel-de-la-carrière-arnaudet-a-meudon


La carrière Arnaudet, à Meudon, est à juste titre considérée comme un patrimoine architectural, historique et scientifique de premier plan. Elle est aujourd’hui menacée. Ses plus beaux volumes sont voués à disparaître. Suite à une communication alarmiste et sur la base d’une étude de stabilité extrêmement prudentielle, concluant à un risque d’effondrement potentiel, différentes solutions de mise en sécurité ont été évoquées, dont malheureusement seule la solution de comblement de la moitié des volumes a été retenue et étudiée. Les camions de terre et de béton sont prêts à intervenir ! 

 

Nombreux sont ceux, associations ou individuels, artistes ou scientifiques, qui s’alarment de ces mesures et de la disparition d’un trésor patrimonial exceptionnel. Une pétition1 a été lancée pour demander que soit effectuée d’urgence une nouvelle étude, détaillée, des risques géotechniques, ainsi qu’une approche des solutions de confortement (si l’étude géotechnique en démontrait la nécessité), moins destructrices. Des renforcements de piliers par ceinturage pourraient notamment être envisagés. 

Une fois sécurisée, la carrière Arnaudet pourrait donner lieu au déploiement de programmes centrés sur la culture et le loisir (événements, expositions, musée), en relation avec l’aménagement d’un parc en surface, et devenir ainsi l’un des sites remarquables de l’Ouest parisien et de la « Vallée de la culture » des Hauts-de-Seine. De nombreuses carrières, qui n’avaient pas toujours la même qualité architecturale, ont ainsi fait l’objet de mises en valeur exceptionnelles : en France (les Baux-de-Provence), en Italie (Naples) ou en Espagne à Minorque avec le projet Ca’n Terra de Ensamble studio. 

 

Architecture 

À deux pas de l’atelier où Auguste Rodin exerça pendant de nombreuses années et de l’actuel musée Rodin, la carrière occupe le flanc de coteau boisé délimité par les deux viaducs ferroviaires, ceux du RER C et de la ligne N. 

La richesse et la diversité des galeries s’expliquent par l’ajustement de leur tracé à la réalité géologique, mais aussi par leurs creusements successifs par deux entreprises indépendantes dont témoignent encore les deux entrées existantes. La partie la plus importante est formée d’un quadrillage orthogonal de galeries voûtées, sur trois niveaux, dont les plus hautes atteignent plus de huit mètres à la clef. La précision de la géométrie des creusements y est soulignée par la création de superbes voûtes d’arêtes aux intersections des galeries. Les parois latérales et les voûtes sont régulièrement peignées, donnant à la craie une qualité d’état de surface remarquable, que vient souligner la disposition de bancs de silex, lignes sombres qui contrastent avec la clarté de la craie. Ces cathédrales souterraines présentent également des qualités acoustiques admirables. 

 

Histoire 

C’est tout un pan de l’histoire industrielle de Meudon dont ces lieux ont gardé la mémoire. Le fameux blanc de Meudon en était extrait, qui alimentait notamment les blanchisseries du bord de Seine. 

C’est à cette fin qu’ont été creusées les galeries dans la masse de craie : deux entreprises dédiées à la fabrication du blanc de Meudon y seront actives du début des années 1870 à 1923. Nombreux matériels et aménagements liés à l’exploitation sont encore visibles : des restes de rails et des wagonnets basculeurs, un treuil, un monte-charge, des bassins de décantation (cuves à blanc), des tuyauteries… 

Une seconde activité s’implante dans les galeries, de l’interdiction de l’extraction de craie en proche banlieue (1923) jusqu’en 1974. Les champignonnistes investissent surtout les grandes galeries linéaires nord-sud au niveau intermédiaire. Ils y créent des cloisonnements éphémères pour maîtriser la circulation de l’air et maintenir une hygrométrie constante. Contre les parois de craie sont encore visibles les tableaux de comptage de la production de champignons et divers graffitis. 

Une troisième activité a failli être, pendant la Seconde Guerre mondiale, une usine souterraine dans laquelle les Allemands souhaitaient produire armes ou pièces d’aviation. La préparation de l’installation de l’usine consista à conforter la carrière : blindage des voûtes d’entrée, cintres de confortement maçonnés, un pilier et deux dalles de béton. Ces travaux furent réalisés à partir de 1942 par 350 Français dans le cadre du Service du travail obligatoire (STO), mais ceux-ci le ralentirent au maximum. En 1944, cette zone servit d’abri anti-bombardement pour la population locale. 

 

Géologie 

En mars 1986, la ministre de l’Environnement Huguette Bouchardeau et le premier ministre Laurent Fabius signent le classement parmi les sites scientifiques et artistiques du département des Hauts-de-Seine. Au-delà de l’intérêt architectural et historique des carrières, c’est aussi l’intérêt scientifique du lieu qui a justifié cette protection. Sous ces voûtes d’une régularité exemplaire se découvre la fin de l’ère secondaire, quand la mer recouvre encore le Bassin parisien. On y comprend mieux le passé de notre planète : le passage du Crétacé au Tertiaire est très visible dans la galerie d’accès sud. D’autres phénomènes sont visibles, comme un remarquable karst à la voûte fracturée il y a 15 000 ans. Géologues et paléontologues ont ainsi fait des découvertes importantes dans ces galeries. Des fossiles extrêmement rares ont permis aux scientifiques de combler un maillon important de l’évolution des mammifères tout en leur permettant de réaliser des corrélations avec les continents asiatique et américain.

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