Vincen Cornu

Rédigé par Alexandre TABASTE
Publié le 02/02/2004

Vincen Cornu dans le jardin du musée de Saint-Jacques-de-Compostelle de l’architecte Alvaro Siza

Article paru dans d'A n°134

De ses études à l'école d'architecture de Paris-La Villette, Vincen Cornu garde le souvenir d'un passage quasi météorique, et le sentiment qu'à leur issue débutait une autre forme d'apprentissage, pleine de nouveautés. Peu de temps après l'obtention de son diplôme d'architecte, il s'envole vers New York, où il effectue un master en « urban planning » à l'université de Columbia.

En fait de troisième cycle, Vincen Cornu pratique l'école buissonnière, sillonnant le pays, sculptant, peignant et dessinant avec assiduité. Sur le sol américain, il goûtera le plaisir d'être un étranger, loin de ses racines provençales et basques mêlées qui firent basculer le « t » de son prénom. Une période charnière, qui révèlera chez lui aussi bien l'amour des villes que la nécessité de s'enrichir par le biais de pratiques artistiques qu'il se refuse à « déménager » vers l'architecture : « Si ce n'est le même élan d'origine, je ne vois pas de rapport direct entre mes essais picturaux et ma production architecturale. S'il m'arrive de pratiquer la musique en amateur, ça ne m'intéresse pas de dégager consciemment l'apport – réel – de la musique dans ma pratique d'architecte. » De retour à Paris, à l'aube des années 80, Cornu intègre l'atelier de Roland Simounet, où il fera ses premières armes, notamment en tant qu'architecte assistant pour la réalisation du musée Picasso. Ces années passées au contact de Simounet constitueront une étape majeure dans son parcours. Le pied à l'étrier Quelques mois après l'ouverture du musée Picasso, en 1986, Vincen Cornu et Benoît Crépet remportent le concours du musée du Théâtre forain, situé au cœur de la ville d'Artenay. Dans cette première réalisation émergent les éléments caractéristiques de sa démarche : une modernité attentive à l'identité des sites, une approche ludique et complexe qui s'exprime jusque dans la « petite échelle », car, dit-il, « l'architecture peut s'inscrire dans trois simples marches d'escalier ». Parallèlement à ce projet, premier jalon d'une longue collaboration avec la ville d'Artenay, de nombreuses scénographies d'expositions lui permettent de se confronter à des œuvres de natures très diverses : l'archéologie (le trésor des princes celtes, le premier or de l'humanité, les trésors de Mongolie, les Vikings), la peinture (Munch, Sysley, Picasso, Poussin, Cézanne, Delacroix, etc.), jusqu'aux fragments d'architecture avec l'Égypte copte et l'Orient de Saladin. En plus de son activité professionnelle, Vincen Cornu commence à enseigner, dès 1988, à l'école d'architecture de Nancy, dans le cadre d'un certificat de construction, puis, en 1992, à l'école d'architecture de Paris-La Villette, dans le module « architecture et détails » animé par Dominique Spinetta et Jean Lamude. L'enseignement revêt une importance considérable dans la vie de cet architecte porté par une curiosité protéiforme et une soif d'apprendre qu'il s'efforce de transmettre à ses étudiants : « Le cours que l'on donne est toujours coloré par ses propres centres d'intérêt, mais c'est aussi l'occasion de parler des choses que l'on ne fait pas soi-même. » Une façon de s'affranchir de toute forme de monothéisme architectural, car, dit-il, « il est impossible de ne jurer que par trois ou quatre architectes ou de ne se référer qu'à une seule période de l'histoire de l'architecture ». L'enseignement, un contrepoids et une distance nécessaire Désormais associé dans cette entreprise à Bruno Gaudin, Christian Muschalek, Dominique Pinon et Jean Desmier, il propose en troisième année deux projets semestriels sur les questions de l'habiter et de la présentation des œuvres, tout en renouvelant constamment les lieux des projets ainsi que les thèmes du cours. Celui de cette année s'attache, entre autres, à la notion de cour dans toute sa diversité – maisons à patio, cour des palais et des monastères, cour baroque, maison médiévale, etc.–, à l'aide d'exercices qu'il qualifie de « chinois », en ce qu'ils permettent aux étudiants d'aborder la complexité au travers de règles simples : « Il n'y a pas de petits problèmes en architecture, pas plus qu'il n'y a de petites notes en musique. » Une démarche qui lui permet également de percevoir l'enseignement comme un contrepoids, une distance nécessaire au regard de la pratique professionnelle. Le temps de l'architecture « Le temps de l'architecture est un temps long. » Citant cette phrase de Mies Van der Rohe, Vincen Cornu évoque les projets réalisés à Artenay ou à Saint-Jacques-de-la-Lande, qui auront nécessité une décennie de travail. Des projets segmentés dans leurs différentes phases de réalisation, et qui exigent une grande complicité entre maître d'ouvrage et architecte. Ce « temps long », qu'il apprécie, offre la possibilité de faire évoluer un projet d'une tranche à l'autre, tout en l'inscrivant dans la continuité d'une démarche globale. Aussi, les nombreuses scénographies qu'il a conçues constituent-elles un contrepoint à la lenteur usuelle des projets et l'occasion de bousculer des projets pourtant clairement définis au préalable. Dans ces « énormes maquettes provisoires » que sont les expositions, il trouve la liberté d' « improviser », de modifier certains aspects d'une réalisation au moyen de croquis dessinés à même le chantier. Avec le musée Daelim édifié à Séoul, en Corée, il a expérimenté une temporalité hybride, proche de celle dévolue aux scénographies, mais à l'échelle d'un bâtiment. Un calendrier incroyablement serré, compte tenu des prestations à réaliser, avec une commande et un contrat signé courant décembre 2002 et un projet livré fin mai de l'année suivante. Lors de l'inauguration, les entreprises coréennes, pourtant réputées pour leur extraordinaire efficacité, furent contraintes d'avouer que quelques semaines supplémentaires leur auraient facilité la tâche ! Le nouveau musée ne laisse en rien deviner la rapidité de sa conception non plus que les quatre mois nécessaires à sa réalisation. Une réussite qui doit beaucoup à la notion d'« improvisation » chère à Vincen Cornu, qui procède à la fois d'un travail préparatoire fondamental et d'une inspiration construite sur le vif du chantier.


Dojo, Artenay

(2000, architecte assistant : Mark Early).

En limite de bourg, ce dojo évoque le « franc-parler » de l'architecture rurale : une mise en œuvre clairement exprimée au moyen de matériaux naturels robustes. La structure bois posée sur un socle de béton s'inspire des toitures de granges artenaysiennes et rappelle la tradition des charpentes japonaises.


Musée du Théâtre forain, Artenay

(1995, Vincen Cornu et Benoît Crépet).

La cour du musée est une véritable pièce à ciel ouvert, délimitée par une ancienne ferme abritant, la collection du XIXe siècle, une petite salle de spectacle et une galerie de paléontologie. L'été venu, la grande porte à deux battants de la grange peut être ouverte, révélant une scène « improvisée » dans l'espace intérieur du musée : la cour se transforme ainsi en lieu de représentation en plein air.


Saint-Jacques-de-la-Lande, 148 logements et équipements Publics Intégrés/EPI

(1994, livraison 2004 , architecte assistant : Damien Afanaffieff).

Dans la ZAC de la Morinais, tramée par une succession d'îlots de 100 x120 m, l'EPI offre une programmation mixte où les logements sont ponctués d'équipements publics (école, crèche, forum, école de musique, bureaux, salle polyvalente). Le phasage du chantier en plusieurs tranches distinctes fait écho au « tissage » de ces fonctions multiples. L'espace intérieur de l'îlot est creusé de plusieurs cours et jardins délimités par une succession d'équipements de petite échelle. Le travail sur les toitures zinc est particulièrement soigné, chacune d'elle étant accessible, au moins visuellement. Sur le principe du chemin de ronde, une promenade au milieu des toits relie les différentes parties de l'EPI. Le forum est un point de ralliement où les habitants se retrouvent aussi bien de façon informelle et quotidienne que pour des concerts ou des expositions.


Maison particulière, Saint-Cloud

(2002, architecte assistant : Damien Afanaffieff).

La maison s'implante sur un terrain au fort dénivelé (5 m entre le niveau d'accès et celui du jardin) qui détermine la « partition » du terrain et l'implantation du bâti dont les arases prolongent celles des pavillons voisins. à l'intérieur, un jeu de transparences et de vues biaises permet de profiter des différentes vues vers le parc de Saint-Cloud ou le grand jardin, autre pièce à vivre.


Musée Daelim, Séoul

(2002 , architecte assistant : Damien Afanaffieff).

S'appuyant sur la réhabilitation d'une structure béton pour le moins sommaire, cette maison de la photographie s'intègre dans un tissu urbain hétéroclite fort différent des lieux officiels de la culture. Le squelette initial, mué en boîte à lumière, s'ouvre aujourd'hui ça et là sur la rue, les maisons environnantes et les collines plus lointaines. L'accueil, qui se situe dans une partie neuve du bâtiment, irrigue l'ensemble du musée, depuis les réserves jusqu'aux salles d'exposition. Un parcours muséographique intimiste guide les pas du visiteur dans des espaces aux proportions aussi variées – petites pièces, galeries longilignes, salles de grande hauteur – que les œuvres susceptibles d'être présentées dans ce lieu.


Abbaye de Fontevraud, scénographie de l'exposition « L'Europe des Anjou ».

Sous la grande nef du haut dortoir de l'abbaye, la profusion des œuvres est structurée par une scénographie qui s'organise autour de trois échelles principales : nef, transept et collatéraux.


Biographie :

> 1954 : naissance à Poitiers.

> 1979-1980 : année d'étude et de voyage aux États-Unis.

> 1981-1986 : assistant de Roland Simounet, chef de projet pour le musée Picasso.

> 1986-1994 : musée du Théâtre forain d'Artenay, en collaboration avec Benoît Crépet.

> 1994-2004 : projets à Saint-Jacques-de-la-Lande.

> 2002 : musée Daelim, à Séoul.

> 2004 : 80 logements à Montreuil, sur le plan « Siza ».

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