Le grand écart 3 : Intimité territoriale et espace public

Rédigé par Jean-François CHEVRIER
Publié le 26/06/2013

Citizen, 1996. Epreuve à la gélatine d'argent, 181 x 234 cm.

Article paru dans d'A n°219

À l'heure du Grand Paris et des interrogations sur la grande échelle, la question de l'intimité territoriale et de l'espace public est devenue cruciale. Le critère de performance favorisé par l'industrie du bâtiment privilégie l'exercice amnésique du métier d'architecte ou d'urbaniste. Pour rouvrir le débat sur les conditions sociopolitiques du projet, Jean-François Chevrier se tourne vers l'art en montrant comment des photographes contemporains retrouvent une voie ouverte par l'anthropologie. Il propose de réactiver une pensée sensible et critique du territoire, en tension avec l'idée normative d'espace public.

L'intimité est généralement située du côté de l'expérience privée ou privative ; on entend par là un sentiment de proximité à soi-même et à d'autres personnes, dites justement « proches », qui peut prendre diverses tonalités affectives, de l'euphorie à la fatigue. Ce sentiment de proximité est inclusif, mais on en limite généralement l'aire d'expérience aux parages du corps propre (le corps à la première personne) et à l'espace domestique ou communautaire.

Le mot « intimité » sert aussi à désigner une qualité d'espace trouvée ou aménagée dans des lieux spécifiques. Est qualifiée d'« intime » une situation ou une ambiance favorable au relâchement de l'attention défensive. Une photographie de Jeff Wall, Citizen (1996), illustre cette idée : elle représente un homme endormi sur la pelouse d'un parc public ; l'homme ne craint rien, il est confiant, il se sent suffisamment protégé. L'intimité participe des droits et devoirs de la citoyenneté ; elle doit être elle-même protégée, garantie.

Cette conception minimale et nécessaire de l'intime appelle une imagination poétique et politique du territoire qui s'oppose au séparatisme sécuritaire. Si l'on sait que le parc de Citizen est situé à Los Angeles, on mesure combien la confiance adressée par le personnage à ses concitoyens contredit la dramatisation de l'insécurité qui accompagne généralement la mythologie du chaos métropolitain. C'est cette mythologie que Mike Davis a dénoncée à propos de Los Angeles, dans City of Quartz*. (...)


* Mike Davis, City of Quartz. Los Angeles capitale du futur (Londres, 1990), Paris, La Découverte, 1997.


Lisez la suite de cet article dans : N° 219 - Juillet 2013

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