N° 295 - Décembre 2021

À qui la faute ?

Pourquoi nos paysages contemporains, pour l’essentiel dans le périurbain ou le périrural, sont-ils aussi désespérément médiocres ? Est-ce parce que la loi ne réglemente pas suffisamment les constructions ? Non, les règles sont même très contraignantes – quoique loin d’être judicieusement appliquées pour atténuer l’inexorable dégradation de nos territoires. Est-ce parce qu’il y a dans notre société une inculture générale de l’aménagement urbain et architectural ? Oui, certainement. Ceux qui les mettent en œuvre ne sont-ils pourtant pas des professionnels formés ? Si, alors sont-ils mal ou insuffisamment formés ? Certains le sont, visiblement. Le problème n’étant pas qu’il n’y ait pas assez d’architectes compétents mais étant que trop souvent l’inculture des uns se marie à l’incompétence des autres en une funeste connivence. Pour acculturer publics, édiles et promoteurs, la tâche est titanesque, ce qui ne nous dispense pas de le faire. Pour résoudre la question de l’enseignement, la mission paraît moins difficile, d’autant qu’une réforme en 2018 semblait promettre une revalorisation de statuts et des moyens pour les Écoles nationales supérieures d’architecture. Mais ces promesses, malheureusement, ne sont pas tenues.
La formation des architectes est dans une situation paradoxale. Pour la crédibiliser, son statut a été aligné sur celui des universités, soit une formation en cinq ans. Une durée déjà bien courte au regard d’une profession requérant force maturité, ainsi qu’une somme et une diversité considérable de connaissances et dont la complexité ne cesse de s’accroître. De fait, et sans doute également grâce au système de recrutement des enseignants et au numerus clausus à l’entrée des écoles, le niveau des étudiants diplômés s’est amélioré, au prix il est vrai pour ces derniers d’une charge de travail dont certains se plaignent aujourd’hui.
Mais qu’en est-il des enseignants ? Près de la moitié d’entre eux sont contractuels ou vacataires (payés au smic alors qu’ils ont un niveau master ou doctorat). Et aux autres, les titulaires, la réforme accorde désormais le statut d’« enseignant-chercheur » mais avec une charge face aux étudiants supérieure d’environ 40 % à celle des universités. Pourquoi si peu de moyens et surtout pourquoi faire passer une réforme dont on sait qu’elle restera vaine si les budgets et les créations de postes ne suivent pas ?
Certes, la qualité d’une formation n’est pas directement liée au revenu et au statut de ses enseignants, mais alors que le rôle des architectes dans la résolution de la crise environnementale est un des plus cruciaux, qu’il leur faut inventer de nouvelles manières d’habiter et de convaincre de la pertinence de leurs solutions, le manque de moyens chronique accordé à la formation des architectes est politiquement injustifiable.

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Sommaire 

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Actus brèves

» La sélection livres de Noël

Parcours

» NRAU : Une question d'équilibre

Photographes

» Eric Tabuchi et Nelly Monnier / Atlas des régions naturelles, Vol. 1

Livres

» Le Monde sans fin
» La Déconstruction de la ville européenne. Euralille 1988-1995
» Habiter autrement, quand l’architecture libère la maison
» Durer. Éléments pour la transformation du système productif
» Architecture du canton de Vaud, 1975-2000
» Ré:Habiter. Réutiliser, Transformer, Expérimenter.
» Milieu et architecture. Entretiens avec Augustin Berque, Philippe Madec et Antoine Picon
» Les variations de l’identité, Le type en architecture.
» Oscar Niemeyer en France. Un exil créatif.
» Paris, empreintes secrètes – Quand la forme des rues révèle villages, remparts et châteaux disparus
» Blobs. Rêves et Cauchemars de l’architecture contemporaine
» Frederick Law Olmsted, Architecte du paysage
» Habiter. Ville et architecture
» La Ville mot à mot
» Soleil mécanique
» Vauban, homme de l'art
» Architecture et volupté thermique
» Gottfried Semper, Écrits sur l’architecture
» TerraFibra
» L’aventure du Whole Earth Catalog
» C’est toi l’architecte
» Guide d’architecture Toulouse
» Antti Lovag, la maison Bernard, une aventure architecturale
» Choix de la librairie Archipel
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» Choix de la librairie Volume

Points de vue / Expos

» Profession architecte : quelle place pour les femmes ?
» Profession architecte : quelle place pour les femmes ? Entretien avec Aurélie Cousi
» L'architecture ou l'art de transformer le réel. (3/9) Du côté des grands maîtres

Concours

» La poste à la retraite. Concours pour le réaménagement de l’Hôtel des postes de Metz

Le dossier du mois

» ÉCOLES D'ARCHITECTURE : UN MODÈLE EN CRISE ?
» (1/6) Une brève histoire de l’enseignement de l’architecture en France
» (2/6) La réforme de 2018, quoi de neuf ?
» (3/6) Grandeur et misère de l’enseignement de l’architecture, entre savoir-faire et savoirs
» (4/6) Une réforme aujourd’hui inapplicable ? Entretien avec Richard Klein
» (5/6) Après la réforme. Entretien avec Simon Teyssou, directeur de l’ENSA de Clermont-Ferrand
» (6/6) Vous reprendrez bien un peu de femmes ?

Innovations

» Vitrages dynamiques : les cristaux liquides inventent la façade du futur

Les produits de la rédaction

» D'A LAB : LOW FACTORY

Questions pro

» Faire vivre le patrimoine. Entretien avec Benoît Melon, directeur de l’École de Chaillot.

Le Grand Entretien

» Entretien avec Manuel Aires Mateus : Tu travailleras beaucoup

Réalisations

Publiés par d'a

» Entre les arbres. Médiathèque, Porto-Vecchio
» De la barre à l’îlot. Logements sociaux et locaux d’activité, Paris 13e.
» Faire école. Groupe scolaire Antoine-de-Ruffi, 22 classes et locaux communs, Euroméditerranée, Marseille
» De la sérendipité. École normale supérieure, Saclay

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